LIVRE VI
te laisser dans le péril qui te menace ; ma seule peine... Il ne peut achever, il expire. Les Espagnols entraînent Némorin, qui demande à être conduit au général.
Arrivé devant Mendoze, environne de tontes parts, il tire la lettre de Gaston, et regardant l'Espagnol avec respect et courage : Seigneur , dit-il , j'ai juré de souffrir la mort plutôt que de vous livrer ce billet. Ouvrez donc mon sein pour le lire.
En prononçant ces mots, il déchire la lettre et en avale les morceaux.
Aussitôt un cri général se fait entendre, et mille glaives sont levés sur Némorin. Mendoze les écarte tous :
Arrêtez, s'écria-t-il , arrêtez, braves Castillans j respectez une belle action que vous auriez faite sans doute. Le courage sans défense fut toujours sacré pour les Espagnols. Et toi, jeune et vaillant soldat , retourne vers celui qui t'envoie ; dis-lui que ma vigilance a dû te fermer le chemin de Nîmes, mais que, sans daigner être inquiet de ses desseins mystérieux , Mendoze lui propose un moyen de délivrer la ville assiégée. Qu'en présence de nos deux armées il entie dans la lice avec moi seul. S il est vainqueui', le siège sera levé; je lui en donne ma foi : s'il est vaincu, je lui demande sa parole que la ville me sera rendue, '
Après ces mots , il fait panser la blessure de Némorin, et commande une escorte pour le reconduire. ■".':'■
Némorin , pénétré d'admiration pour Mendoze , mais désolé d'avoir manqué son entreprise , et surtout de la perte de son ami , demande au général espagnol qu'on rende au moins à Isidore les honneurs de la sépulture. Après avoir obtenu ce triste bienfait , il se hâte de quitter le camp , et rejoint bientôt Gaston, qui s'avançait d'un pas rapide.
Gaston arrive , étend son armée dans la belle plaine du Vistre , envoie déclarer à Mendoze qu'il accepte ses conditions, et demande le jour du combat, l'heure, les armes, le lieu. L'Espagnol lui répond : Demain, aux piemiers rayons du soleil , avec l'épée et le poignard , en présence des deux armées. La barrière aussitôt se dresse; les deux guerriers se préparent ; les deux camps adressent des vœux au Ciel.
Dés que l'aurore ouvre l'orient , on voit les remparts de Nîmes bordés de soldats. Le sommet des arènes , le faîte des temples et des maisons , se couvrent d'inie multitude de peuple. Les lances espagnoles brillent sur le sommet de la Tourmagne. DifFérens postes français ou castillans occupent le haut des collines ; et les montagnes lointaines sont garnies des habitans de la contrée , qui lèvent les