‹ ŒuvresChapitre 122 sur 128 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

mains au Ciel, en l'implorant pour leur défenseur.

A l'heure marquée, les Espagnols sortent de leur camp. Couverts de brillantes cuirasses qui réfléchissent les feux du soleil , ils marchent en ordre dans la plaine , et déploient avec lenteur leurs bataillons hérissés de dards. Un profond silence régne parmi eux. Immobiles à leur place , occupés seulement d'obéir, ils ne regardent que leurs chefs. La valeur et l'orgueil se peignent sur leurs visages basanés; une gravité noble et farouche tempère leur ardeur ffuerriére.

Les Français quittent leurs tentes. Leurs légers bataillons courent se ranger vis-à-vis des ennemis. Chefs , soldats sont confondus. L'égalité de courage , la franchise, la gaieté nationale les rendent tous compagnons. Appuyés négligemment sur leurs lances, ils semblent assister à des jeux. Sans haine, comme sans crainte, ils sourient à leurs ennemis, les avertissent que Gaston est redoutable , et semblent plaindre IMendoze d'avoir provoqué ce jeune héros. Les Castillans frémissent et se taisent. Les Français rient , et chantent cette chanson :

Gaston, le sort de la patrie

Est remis à votre valeur ;

Songez à vohx; douce amie

En entrant aux cliamps de l'honneur.

li est une triple alliance ' ■-.!:-

Qui vous garantit le succès :

On vit toujoui's d'intelligence L'amour, la gloire et les Français.

Qu'un eunenii, qu'une coquette.

Tous deux dès long-temps aguerris, Yeuillent retarder la conquête De leur cœur ou de leur pays ; Inutile est leur résistance ; Tous deux conviennent, à la paix, Qu'on vit toujours d'intelligence L'amour, la gloire et les Français.

La belle qui n'est plus sévère .

Dès ce moment règne sur nous ;

L'ennemi qui cesse la guerre

Nous trouve généreux et'doux.

Ceux qu'a vaincus noti-e vaillance

Éprouvent tous, par nos bienfaits,

Ou'on vit loujours d'intelligence

L'amour, la gloire et les Français.

Mais [bientôt Mendoze paraît sur un coursier d' Andalousie, qui, retenu par la main de son maitre, fait voler au loin rëcume dont il blanchit son frein doré. Les pierreries brillent sur ses armes, un panache rouge ombrage son casque, une écharpe de même couleur soutient son glaive ëtincelaiil. 11 s'avance au pas, d'un air fier, se fail ouviir la barrière, laisse sou coursier à l'entrée, se promène en attendanl Gaston.

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Ce prince accourait au galop. Des plumes blanches flottent sur sa tête ; son armure d'acier poli a plus déclat que le diamant. Sur son bouclier Ton voit un chiffre amoureux; ce même chiffre est brodé sur son écharpe éblouissante. Prompt comme T éclair, il vole , arrive , s'élance à terre , salue Mendoze , et demande le signal.

Les trompettes sonnent : les deux ennemis, l'épée d'une main , le poignard de l'autre , s'attaquent avec fureur.

Gaston , plus impétueux que son vaillant adversaire , lui porte dans le même instant quatre coups de pointe qui sont tous parés. Mendoze à son tour presse Gaston , lui présente Tépée au visage ; et , la rabaissant vivement par-dessus le fer de son ennemi, il atteint son flanc : le sang coule.

A cette vue les Français palissent, les Espagnols jettent un cri de joie. Mais l'adroit Gaston, au moment où il est frappé, détourne son corps, rend par ce mouvement sa blessure peu profonde , et déployant son bras gauche , il porte un coup de poignard à la gorge de son ennemi . Le poignard se brise dans la cotte de mailles ; le sang de Mendoze n'en rougit pas moins ses armes , et les Français à leur tour répondent au cri des Castillans.

Gaston n'a plus que son épée , Mendoze s'en aperçoit et jette aussitôt son poignard : Prince ,

dit-il , point d'avantage ; que nos armes soient égales aussi bien que notre valeur.

En disant ces mots il attaque Gaston , et lui porte un coup sur la tête , qui fait chanceler le héros. Gaston recule, s'élance de côté; et, réunissant toutes ses forces , il fait tomber sa tranchante épée sur le casque de l'Espagnol . Le casque brisé roule sur la poussière; Mendoze lui-même va toucher la terre de sa main gauche , mais il se relève plus terrible. iVrrètez , lui crie Gaston , le péril ne serait plus égal.

Il dit , détache son casque, le jette, et continue le combat.

Les deux armées , saisies d'admiration , tremblaient toutes deux pour leurs vaillans chefs. Leurs têtes n'étaient plus couvertes que par leur épée , et leurs coups multipliés glaçaient de terreur les plus braves, quand tout à coup on voit arriver un courrier qui s'avance vers la barrière de toute la vitesse de son chev^al, et crie aux deux héros de s'arrêter.

A ces cris , à c(nix des deux armées , Mendoze et Gaston surpris interrompent leur combat. Le courrier, au nom du roi de France, se fiiit ouvrir la barrière, et va remettre à Gaston une lettre de Louis, Le prince, après l'avoir lue, jette son épée :

Plus de guerre, s'écrie-t-il ; nos deux monar-

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