LIVRE VI
ques cessent d'être ennemis. Germaine , ma sœur, épouse votre maître, et devient le garant d'une paix durable entre Louis et Ferdinand. C'est à moi surtout que cette paix est chère, puisque je préfère l'amitié de Mendoze à la gloire même de lui résister.
Il dit. Le héros Espagnol, touché de tant de courtoisie, veut baiser avec respect la main du frère de sa reine. Gaston Tembrasse ; et ces deux guerriers sortent de la lice pour aller déclarer la paix.
Cette heureuse nouvelle est bientôt répandue. Mille cris de joie s'élèvent jusqu'aux cieux. Les portes de la ville s'ouvrent ; les habitans viennent offrir leurs maisons aux Français, aux Espagnols. Les deux généraux, se tenant par la main, à la tête des deux armées confondues, entrent ensemble dans Nimes, au milieu des acclamations. Tous deux sont conduits chez Talleyrand, où les blessures sont pansées. Leurs soldats sont distribués chez les citoyens, et la discipline la plus austère empêche qu'aucun désordre ne trouble ce jour d'allégresse.
Némorin, seul infortuné au milieu de tant d'heureux, n'avait pas quitté Gaston. Dès que ce prince fut retiré dans son palais , le triste Némorin va parcourir la ville, désirant et craignant de rencontrer Estelle. Il n'ose s'informer d'elle, il tremble
de prononcer son nom ; mais il demande à tous ceux qu'il voit s'ils ne connaissent point Mar^^ucrite. On Técoutc à peine : on ne lui répond point : soldats, citoyens, étrangers, ne sont occupés que delà joie publique.
Le berger employa tout le jour à son inutile recherche. Le soir il errait encore dans la ville, lorsque passant auprès de Tantique temple de Diane, il se trouve tout à coup au milieu d'un cimetière où plusieurs fosses récentes rappelaient les malheurs du siège. Némorin s'arrête dans ce lieu funeste ; il s'assied sur une vieille tombe ; et là, les yeux fixés sur cette terre, seul asile où les malheureux soient en paix, environné des ombres de la nuit, entouré d'imap-es funèbres, Némorin écoute en silence les cris d'un hibou solitaire, posé prés de lui sur une croix de fer. Il éprouve un charme secret à se livrer tout entier à sa profonde tristesse; mais il entend à quelques pas des soupirs et des gémissemens. Le berger écoute, lève les yeux, et (listinmie à travers les ténèbres une femme en habit de deuil, à genoux sur une fosse, les mains jointes, la tête couverte d'un crêpe. Némorin s'avance vers (Ile ; il l'entend prononcer ces paroles :
0 toi qui possédas de mon cœur tout ce qu'il pouvait t'accorder, toi qui voulus me rendre heureuse, et dont je n'ai pas fait le bonheur, p.irdonne.