LIVRE VI. 30a
ce vertueux soldat, ajoute-t-il en montrant Némorin : il n'est qu\m seul prix digne de son cœur ; c'est à toi , Raimond, que je le demande. Némorin adore ta fille ; la mort glorieuse de Méril la laisse maîtresse de sa foi : acquitte donc ta patrie en donnant Estelle à son digne amant. Gaston de Foix t'en supplie : Gaston ne veut rien commander; mais il vous sollicite tous de vous unir à lui pour fléchir Raimond.
Il dit. Le peuple s'écrie. Raimond va se jeter aux pieds du prince. Némorin y était déjà. Le héros les relève et les fait embrasser.
Me pardonnez-vous ma félicité ? dit le pasteur au vieillard avec une voix tremblante. Ma fille est à toi , répond celui-ci ; mais tu consentiras sans doute que cet hymen soit retardé... Jusqu'au moment, interrompt Némorin, que l'ancien ami de Méril daignera fixer lui-même.
Alors il lui demande sa bénédiction. Raimond la lui donne. Toute l'assemblée applaudit; et Gaston la congédie en ces termes :
Je vous quitte citoyens , pour aller réparer les maux de la guerre, pour aller porter des secours dans les villages détruits. Némorin , vous me seconderez, je vous charge de distribuer mes trésors aux habitans de Massanne. Allez rebâtir leurs maisons, rendez-leur de nouveaux troupeaux;
soulagez , secourez tous les malheureux , et ne craignez pas d'épuiser mes biens : je ne suis riche que lorsque je donne, - ''
A ces mots le héros se retire pour se dérober aux transports de la reconnaissance et de l'amour. Il va rejoindre IMendoze , et part avec ce guerrier , qui doit remettre dans ses mains les places prises pendant la guerre.
Oh ! quelle fut la joie de Rose et de Marguerite quand elles virent arriver Némorin conduit par Raimond ! Estelle fut près de s'évanouir au récit de tout ce qui s'était passé. Sa rougeur et son silence furent sa seule réponse. Némorin, respectant ses habits de deuil, ne prononça pas un seul mot qui pût déplaire à sa bergère. Intimidé par son i
bonheur même , à peine osait-il regarder Estelle ; à peine semblait-il se souvenir qu'il eût été jamais aimé : c'était à Rose qu'il en parlait; c'était de la seule Rose qu'il avait l'air d'être l'amant. -
Dès le lendemain ils quittèrent Nimes, et emmenèrent avec eux Ililaric. Bientôt ils arrivèrent à Massanne. Depuis ce moment, Némorin ne fut occupé que de répandre les bienfaits de Gaston. Il rebâtit ■
les chaumières , fit ensemencer les terres, lappela j
les cultivateurs; et, pour que les jours s'écoulassent plus vite , il les employa tous à faire du bien. 1
Enfin la longue année du deuil finit , et l'heu-