LIVRE I
former tout autour une branche de lierre. Que veux-tu que je te donne pour la changer contre celle que tu tiens ? — Je veux la plus belle de tes chèvres. — Ah! j'y consens : je n'en ai que six, les voilà ; tu peux choisir. Le vieux Lénio n'eut pas de peine à se décider : des six chèvres d'Élicio, une seule était près de mettre bas ; ce fut celle-là qu'il choisit. Élicio transporté lui donna la chèvre , changea de houlette, et lembrassa de tout son cœur. Les deux bergers , également satisfaits , se séparèrent; et Galatée , toute pensive, rejoignit Florise et Téolinde, qui lui demandèrent des nouvelles de sa houlette. Quelqu'un l'a prise, répondit la bergère ; mais je n'y ai pas de regret.
Cependant les ombres de la nuit commençaient à noircir les montagnes; les oiseaux, rassemblés sous le feuillage, se disputaient avec un murmure confus la branche oii ils passeraient la nuit : on entendait de tous côtés les chalumeaux des bergers, et les sonnettes des brebis qui s'approchaient du village. Les bergères, en y rentrant, trouvèrent de grands apprêts de fêtes : on leur en dit le sujet. Daranio , un des plus riches laboureurs , devait épouser le lendemain Silvérie, dont les yeux bleus faisaient toute la dot. Le prodigue amant voulait célébrer son bonheur par la noce la plus brillante. Il avait invité tous les bergers des villages voisins ;
et le fameux Tircis, qui n'avait point d'égal dans l'art de chanter ou de jouer de la flûte, venait d'arriver avec son ami Damon. Téolinde espéra qii'Artidore pourrait se trouver à ces noces; elle résolut d'y suivre Galatée. Tous les bergers se préparèrent aux jeux et aux combats qui devaient remplir cette belle journée.