‹ ŒuvresChapitre 17 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Quand pouiTai-je vivre au village î quand seraije le possesseur d'une petite maison entourée de cerisiers 1 Tout auprès seraient un jardin, un verger, une prairie et des ruches : un ruisseau bordé de noisetiers environnerait mon empire ; et mes désirs ne passeraient jamais ce ruisseau. Là , je coulerais des jours heureux ; le travail , la promenade , la lecture , occuperaient tous mes momens. J'aurais de quoi vivre : j'aurais encore de quoi donner ; car sans cela point de richesse ; c'est n'avoir rien que de n'avoir que pour soi. Si je pouvais jouir de tous ces biens avec une épouse sage et douce , et voir nos enfans , jouant sur le gazon , se disputer à qui courra le mieux pour venir embrasser leur mère, je croirais devoir exciter l'envie de tous les rois de l'univers.

Tel était le sort des bergers dont j'écris l'histoire : un doux mariage couronnait presque toujours une longue passion. Daranio, amant aimé de Silvérie , allait devenir son époux. Au lever de l'aurore , tous les habitans du village et des alen-

tours étaient déjà sur la grande place ; l'un avait fait des guirlandes pour en orner la porte de la maison des mariés; l'autre, avec son tambourin et sa flûte , leur donnait une joyeuse aubade : ici , l'on entendait la cbarapêtre musette ; là , le violon harmonieux ; plus loin, l'antique psaltérion : celuici mettait des rubans à ses castagnettes ; celui-là , des bouquets à son chapeau : chacun voulait plaire à sa maîtresse ; tous étaient animés par l'amour et par la joie.

Les nouveaux mariés ne se firent pas attendre : on les vit arriver parés de leurs plus beaux habits. Galatée et les jeunes filles conduisaient Silvérie ; Élicio et les bergers entouraient Daranio. Cette aimable troupe prit le chemin du temple, au bruit de tous les instrumens.

Après s'être juré une éternelle fidélité, les deux époux retournèrent à la grande place, et toutes les jeunes filles coururent chercher les présens qu'elles destinaient à la mariée. L'une revient offrir à Silvérie un panier de fruits; l'autre porte dans son chapeau les œufs frais que ses poules ont pondus : . celle-ci donne la poule même ; celle-là, un jeune coq : toutes , sans regret et sans vanité , font une offrande proportionnée à leurs richesses.

Galatée approche à son tour; elle apportait deux tourterelles qu'un valet de sou ])ère venait de

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