LIVRE II. *r
prendre au filet. La bergère craignait de leur faire mal ; et ses deux mains pouvaient à peine sulFire pour tenir les deux oiseaux : leurs ailes blanches, leurs becs couleur de rose, s'échappaient sans cesse entre ses doigts. Elle se presse d'arriver à Silvérie; et la saluant d'un air gracieux : Ma bonne amie, lui dit-elle, voici des oiseaux qui veulent vivre avec vous; je vous prie de les recevoir ; tous les époux fidèles leur doivent un asile. En disant ces mots, elle présente les colombes. Silvérie avance ses mains pour les prendre; Gatatée ouvre les siennes : les deux oiseaux profitent du moment, ils s'échappent en rasant de l'aile le visage des deux bergères, et s'élèvent dans les airs. Silvérie étonnée, Galatée presque triste, les suivent des yeux et les perdent bientôt de vue : alors elles se regardent sans rien dire ; et tout le monde rit, excepté Galatée.
Élicio s approcha d'elle, et lui dit à voix basse : Ces oiseaux vous ont punie de ce que vous ne les gardiez pas; mais ils auront besoin de vous revoir, et j'ose vous répondre qu'ils reviendront vous trouver. Je n'y compte pas, dit Galatée, et je m'en console s'ils sont plus heureux. Aussitôt elle envoya chercher dans sa bergerie un bel agneau qui remplaça les tourterelles.
Pendant que l'on offrait les présens, plusieurs tables s'étaient dressées sous une épaisse feuillée :
elles sont bientôt couvertes de mets. Daranio, qui donnait la fête, fait asseoir les mères, les vieillards et les jeunes filles; les jeunes garçons restent debout pour les servir. Plus loin , sur une espèce de théâtre, soutenu par des tonneaux, des musiciens vont se placer. La symphonie commence; on l'interrompt souvent par des cris de joie : le plaisir, la gaieté brillent sur tous les visages ; on parle , on écoute, on rit tout à la fois : tout le monde est content, tout le monde est heureux ; on croirait que chaque berger vient d'épouser sa maitresse.
Pour que rien ne manque à la fête, quand le repas est achevé, Daranio propose un combat pastoral : Silvérie détache sa guirlande, et déclare c[u'elle sera le prix de celui qui chantera le mieux sa bergère. Alors les instrumens se taisent , toutes les jeunes filles regardent leurs amans , tous les bergers se préparent à chanter. Erastre même veut entrer en lice ; mais le fameux Tircis se lève , et Éi*astre va se rasseoir. Personne n'ose combattre avec Tircis. Le seul Élicio se présente : Berger, lui dit-il , je ne prétends pas vous disputer la guirlande; mais je veux célébrer celle que j'aime. 11 se fait un profond silence ; les deux rivaux chantent altei Hâtivement ces paroles :