‹ ŒuvresChapitre 20 sur 128 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

puis choisir. Que chacun de vous reçoive une branche de laurier , et souffrez que la guirlande appartienne à ma meilleure amie. En disant ces mots , elle offrit à Tircis et à Élicio deux couronnes égales ; et se retournant vers Galatée, elle posa la guirlande sur sa tête.

La musique donna bientôt le signal de la danse. Élicio vint prier Galatée de danser avec lui. La bergère rougit et accepta. Auriez-vous désiré, lui dit Élicio d'une voix tremblante , que Tircis eût remporté le prix? Non, répondit Galatée; j'aurais été fâchée, pour Thonneur de notre village, de vous voir vaincu par un étranger. Après ce peu de mots, ils n'osèrent plus se parler.

La nuit vint, et tout le monde alla souper chez Daranio, excepté Galatée, qui ramena chez elle Florise et la triste Téolinde. Dès que ces trois bergères furent parties , Élicio prit le chemin de sa cabane avec Érastre, Tircis et Damon : ces deux derniers étaient depuis long-tems les bons amis d'Élicio, et connaissaient son amour et ses peines. Ils n'avaient pas fait encore beaucoup de chemin , lorsqu'en passant au pied d'un antique ermitage situé sur une petite colline, ils entendirent le son d'une harpe. Arrêtons-nous, leur dit Érastre, pour écouter la voix d'un jeune homme qui depuis quinze jours est venu se faire ermite ici. Je lui ai

parlé plusieurs fois. D'après ce discours, je crois que c'est un grand seigneur que ses malheurs ont forcé de quitter le monde ; et si Galatée continue à me traiter aussi mal , j'ai le projet de me faire ermite avec lui.

Ces paroles d'Érastre inspirèrent aux bergers le désir de connaître l'ermite. Ils montèrent la colline sans bruit, et découvrirent bientôt un jeune homme de vingt-deux ans à peu près, assis sur un morceau de roc : il était vêtu d'une bure grossière ; une corde lui servait de ceinture ; ses jambes et ses pieds étaient nus ; il tenait dans ses mains une harpe dont il tirait des sons plaintifs ; ses yeux humides étaient tournés vers le ciel, et deux longues larmes sillonnaient ses joues. Le silence de la nuit, la clarté pâle de la lune, la sainte horreur de l'ermitage, tout semblait préparer l'àme aux accens tristes de l'ermite. Après avoir préludé quelque tems , il chanta ces paroles :

En vain j'adresse au ciel une plainte importune ;

Le ciel n'écoute plus mes accens douloureux :

Le redoutable amoiu', la volage fortune ,

Tout, jusqu'à l'amitié, seul bien des malheureux,

Semble se réunir pour combler ma misère.

.le remplis mon destin ; je suis né pour souffrir :

Mon cœur n'a plus rien sur la terre ; Je ne peux plus aimer, et je ne peux mourir. Pui'e et sainte amitié, doux channcde la vie.

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