LIVRE II
esprit. Tant d'inquiëtudes , tant de chagrins enflammèrent sa blessure : mon ami fut bientôt en danger. Je résolus, pour le sauver, de m'introduire chez sa maîtresse.
Je m'habillai comme un captif nouvellement racheté; je pris une guitare , et me promenant tous les soirs dans la rue de Nisida , en chantant de vieilles romances , je passai pour un Espagnol échappé des mains des infidèles. Bientôt on ne parla dans le quartier que du captif musicien. Le père de Nisida voulut entendre mes romances : je fus admis dans sa maison. C'est là que je vis cette Nisida; c'est là que je perdis le repos et le bonheur de ma vie. J'osai regarder ce visage céleste, cette taille charmante , ces yeux si tendres dont Féclat était tempéré par une légère empreinte de mélancolie; je sentis sur-le-champ le poison couler dans mes veines. Il fallait fuir : je n'en eus pas la force ; et ce seul moment me rendit aussi malade que Timbrio.
On me pria de chanter : je pouvais à peine parler. J'obéis cependant; et je choisis une romance orientale qu'un esclave persan m'avait apprise.
Ici tous les bergers supplièrent l'ermite de leur dire cette romance. Il reprit sa harpe , et chanta d'une voix douce ces paroles :
I OEUVRES DE FLORIAK. 6
GALATEE.
Le beau Nelzir aimait Sémire ; Sémire aimait le beau INelzir :
Se voii', s'aimer et se le dire Etait leur vie et leur plaisir.
Le bonheur lient à peu de ebosc ; Un rien le lait c^ anouir :
Hélas I d'une leuille de rose Dépendait le sort de JNelzir.
Tani que sur sa tie;e fleurie
La feuille fatale tiendra ,
Nelzir doit conserver la vie :
Si la feuille tombe, il mourra.
Sémire, toujours attentive,
Ses beaux yeux fixés sur la Heur,
D'une main timide cultive
Le rosier qui fait sou bonheur.
Un jour sur sa bouche mi-close Nelzir imprime un doux baiser :
Sémire veut le rendre et n'ose ; En vain l'amour lui dit d'oser.
C'est à la rose à peine éclose Qu'elle rend ce baiser charmant ; Mais sa bouche effeuille la rose :
Sémire a tué son amant.
Nelzir tombe aux pieds de Sémire, Sans sentiment et sans eoideur ; 11 presse sa main, il expire; L'amour quitte à regret son cœur.
Sémire, interdite et tremblante, Sur ses lèvres cherche la mort ; Et, pressant sa bouche expirante, Par xm baiser finit son sort.