‹ ŒuvresChapitre 25 sur 128 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

dans l'espérance de pouvoir la rendre. — Ne pourrais-je pas voir cette lettre ? je suis si curieuse de connaître le style d'un amant véritablement épris!

Je ne laissai pas échapper une si belle occasion : je tirai de mon sein le billet que Timbrio m'avait remis quelques jours auparavant ; il était conçu en ces termes :

« J'étais décidé , Madame , à ne jamais rompre « le silence : j'aimais mieux mourir avec votre pitié, <( que de vivre avec votre colère. Mais il serait trop (( affreux de ne pas vous apprendre que je vous (( adore. Si cet aveu ne vous offens<^ pas, je sens que ((je chérirai encore la vie pour vous la consacrer : si (( ma témérité vous paraît punissable, ma mort l'ex- (( piera bientôt. »

Nisida lut cette lettre avec beaucoup d'attention. Je ne crois pas , me dit-elle , qu'une déclaration d'amour aussi respectueuse puisse déplaire ; et je t'exhorte à rendre ce billet , sans crainte qu'il soit mal reçu. Il n'est pas encore temps, lui répondis-je : mais mon ami se meurt, et vous pourriez sauver ses jours. — Eh! comment? — Faites réponse à ce billet, comme s'il s'adressait à vous : cet innocent artifice lui rendra la vie, et me donnera le temps de trouver Toccasion que je désire. — Non; je n'ai jamais répondu à des lettres d'amour, et je ne voudrais pas commencer par un mensonge. Mais qui

t'empêche de rapporter à ton ami tout ce qui vient de se passer, en mettant le nom de celle qu'il aime à la place du mien? Tuluidirasqu'ellea lu sa lettre, qu'elle t'a exhorté à la rendre ; qu'à la vérité tu n'as pas osé lui dire que le hillet était pour elle-même, mais que tu as lieu d'espérer qvi'eile l'apprendra sans colère. Cette ruse doit être utile à la santé de ton compatriote, et ne peut être démentie par rien lorsque tu auras parlé à sa véritable maîtresse.

Surpris de cette invention, je balbutiai quelques paroles de remercîment, et je courus tout rapporter à Timbrio. L'espoir qu'il en conçut, ses transports, sa reconnaissance, furent autant de liens qui m'enchaînèrent davantage à mon devoir. Je redoublai de soins auprès de Nisida ; et, en proie à une passion que sa vue ne faisait qu'accroître , je ne lui parlai que de mon ami; j'employai pour lui les expressions que mon cœur me fournissait pour moi-même, et je fis servir à l'amitié jusqu'au sentiment qui aurait dû la détruire.

Enfin j'osai tout déclarer. J'appris à Nisida que mon ami était ce Timbrio (pii avait pensé mourir pour elle. J'exaltai sa naissance, ses qualités, ses vertus ; en un mot, je le peignis comme je le voyais. Nisida ne l'avait pas oublié : elle me marqua une surprise vraie ou feinte, me reprocha ma hardiesse, me menaça de tout dire à son père; mais, à travers

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