LIVRE II. 9S
âmes leur fit mieux connaitre le plaisir d'aimer.
A la faveur de mon déguisement, je conservais toujours un libre accès dans la maison. Je portai* les lettres de mon ami; je lui procurais quelquefois le plaisir de voir sa maîtresse : alors je redoublais' d'empressement auprès de Blanche. Timbrio, qui remarquait avec joie combien j'étais aimé, me félicitait en m'embrassant, et me jurait de n'épouser Nisida que le jour où je deviendrais l'époux de sa sœur. Je baissais la tète, résigné à tout ce que l'amitié ordonnerait de moi.
Nous n'attendions plus que des nouvelles d'Espagne pour demander la main de Blanche et de Nisida, lorsque Pransile , ce cavalier qui avait vu à Xérès une querelle avec Timbrio , arriva dans Naples pour se battre avec lui. Comme la réparation devait être publique , il fallut du tems pour obtenir la permission du vice-roi, et faire nommer des juges. Enfin ce terrible combat fut indiqué à huit jours de là, dans une grande plaine peu disrtante de la ville.
Cette nouvelle fit du bruit, et, malgré nos soins, Nisida en fut instruite. Son inquiétude et sa douleur furent aussi vives que son amour. Languissante et désolée, elle passa dans les larmes, et sans prendre de nourriture, les huit jours de délai qui lui semblaient si longs et si courts. L'affreuse in-
certilude, plus cruelle que le malheur même, eut bientôt épuisé ses forces : elle tomba malade; et son père, ignorant toujours la véritable cause de son mai, résolut, pour la rétablir, de la mener à sa maison de campagne.
Le jour de leur départ, qui était la veille du combat , Nisida me fit appeler. En arrivant près de son lit, j eus peine à la reconnaître: elle était pâle, défaite; ses longues paupières étaient humides: Fabian, me dit-elle, d'une voix faible, tu feras mes adieux à Timbrio; tu lui diras que mes jours tiennent aux siens, et que demain il défendra ma vie. Pour toi, son meilleur ami après moi, je suis bien sûre que tu ne le quitteras pas : s'il lui arrivait un malheur, tu seras là pour le secourir. Ah! je voudrais pouvoir te suivre. Tiens, ajouta-t-elle en détachant de son cou une relique précieuse qu'elle mouillait de ses larmes, porte-la-lui; tu lui diras qu'elle m'a toujours préservée de tout danger, et que c'est demain qu'elle doit m'être le phis lilile. J'ai encore un service à te demander : je pars avec mon père pour alUr à sa maison de campagne, qui n'est qu'à une demi-lieue du champ de bataille; promets-moi dy venir sur-ie-chanq) m'apprendre l'événement du combat. Si Timbrio es*. vain(ju('ur , nuls à ion bias cette écharpe blanche ; je !a verrai de loin, lu m épargneras des