‹ ŒuvresChapitre 28 sur 128 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

lourmens: s'il succombe, je n'aurai plus besoin de toi.

Je promis tout , et je courus porter ia relique à Timbrio. Sa fierté, sa valeur en furent doublées: il la baisa, la mît sur son cœur, et sûr d'être invincible, il eût défié l'univers.

Enfin le moment arriva: toute la ville deNaples s'était rendue sur le cbamp de bataille. Pransile et Timbrio se présentent : ils choisisent pour armes l'épée et le poignard. La barrière s'ouvre, les trompettes sonnent, les deux ennemis s'élancent.

Le combat fut long -temps égal. Pransile était adroit et vaillant; il blesse Timbrio, et la victoire balance toujours. Enfin l'amour eut l'avantage : Timbrio atteint Pransile, et le renverse à ses pieds. Mon généreux ami jette son épée et court à son secours : Prnnsile s'avoue vaincu ; tous les spectateurs applaudissent.

L'affreuse incertitude où j avais été si longtemps , la douleur que m'avait causée ia blessure de Timbrio, la joie de sa victoire, tout mavait tellement troublé, que j'oubliai l'écharpe blancbe, et je volai sans elle annoncer notre bonbeur àNisida. Hélas ! à mesure que l'instant fatal approcbait, la fièvre brûlante avait redoublé dans ses veines. INIalgré sa faiblesse, elle s'était traînée aux fenêtres les plus élevées de sa maison ,• là, soutenue

par ses femmes, les yeux fixés sur le chemin, elle attendait la vie ou la mort : elfe m'aperçoit, ne voit pas Técharpe, et tombe sans mouvement dans les bras de sa sœur.

J'arrive; toute la maison était en larmes; je pénètre jusqu'à Nisida; on lui prodiguait des secours inutiles ; rien ne pouvait la ranimer. Je vois ses yeux fermés, sa bouche ouverte, ses lèvres pales : c'est alors que je me rappelle mon funeste oubli. Egaré par mon désespoir, je sors de cette maison ; je n'ose plus aller retrouver un ami à qui je suis sûr de donner la mort. Incertain, furieux, désolé, je prends le premier chemin que je trouve. A peine avais-je fait quelques pas, que je m'entends appeler à grands cris : je me retourne; c'était Félix, le page de Timbrio. Mon maitre vous attend, me dit-il; venez vite le trouver. Je ne peux plus revoir ton maitre, lui répondis-je ; Nisida est morte, c'est moi qui l'ai tuée. En prononçant ces mots, je m'éloigne précipitamment. J'arrive à Gaëte ; un vaisseau allait mettra à la voile pour l'Espagne; je m'embarque, et je reviens dans ma patrie, où j'ai pris cet habit, que je ne veux plus (juitter.

Voilà, bergers, le récit de mes malheurs. J'avais espéré de trouver la |)aix dans cet ermitage ; je n'y trouve (pic la solilude. En vain je m'eflbrce

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