A SCEAUX
O bois silencieux , et toi , rive fleurie , Ecoutez les accens de ma juste douleiu- 1 Seul , conduit dans ces lieux par la mélancolie ; D'Estelle et de Numa je viens pleurer l'auteur.
C'est ici qu'il vivait. Les voilà ces bocages Où son cœur, aussi pur que l'éclat d'vui beau jour, Goûtait un calme heureux au milieu des orages, Où sa muse chantait l'innocence et l'amour.
Je veux , à cet ami de la simple nature , Elever de mes mains un modeste tombeau. Un myrthe l'ornera de sa douce verdure , A ses pieds brillera le crislal d'un^ ruisseau.
Floriax méritait une plus longue vie.
Mais il fut malheureux : i! avait des talens. Trop vertueux pour être à 1 abri de l'envie , il vient de succom])er à la fleur de ses ans.
Quand un nouveau Néron , dans sa rage inhumaine , Immolait l'innocence avec impunité , Florian gémissait ; il méritait sa haine , Et ne put échapper à la captivité- Perdant la liberté sans perdre se constance , Il fixe l'avenir d'un regard assuré.
Quelquefois seulement ses yeux pleurent l'absence Des bocages chéris dont il est séparé.
Mais le peuple se lève et le tyran expire :
La vertu voit un terme aux maux qu'elle a soufferts ,
L'humanité , les lois ont repris leur empire ,
Et Florian captif a vu briser ses fers.
Il revient habiter sa solitude obscure : Il revoit ses vergers , ses vallons , ce coteau ; Mais de ses maux passés la cruelle peinture Empoisonne ses jours et creuse .son tombeau.
Il n'est plus... Qu'ai-je dit ? En dépit de l'envie , De l'injure des ans son nom sera vainqueur ; Et les productions de son heureux génie Retraceront toujours les vertus de son cœur.