LIVRE ni
trop riche pouî* n'êti'e pas défiant j je suis trop pauvre pour être hardi. '■ ■■
Mon ami , lui dit Tircis , ne perdez pas toute espérance : allons trouver Galatée ; allons savoir d'elle-même s'il est vrai qu'elle consent à épouser ce Portugais : et si , comme je le crois , il lui en coûte pour obéir à son père , nous tâcherons de rompre ce funeste mariage. L'amour et l'amitié nous inspireront : seuls ils ont fait des miracles ; que ne feront-ils point réunis?
Élicio suivit le conseil de Tircis. Les quatre bergers prirent le chemin de la fontaine des Ardoises , où Galatée se reposait souvent. Ils espéraient l'y trouver : leur attente ne fut pas trompée. La bergère était assise au bord de l'eau , et plongée dans une si profonde rêverie , qu'elle n'aperçut point les bergers. Ses yeux humides regardaient la fontaine : son front était appuyé sur une de ses mains, et de l'autre elle caressait le chien d'Élicio, ce chien qui, depuis si long-temps, était plus souvent avec elle qu'avec son maître. Le fidèle animal, couché aux pieds de Galatée, avait la tête appuyée sur les genoux de la bergère, les yeux fixés sur les siens; et son air inquiet et reconnaissant semblait lui demander pourquoi, ce jour-là, il était caressé plus qu'à l'ordinaire. Élicio fit arrêter ses compagnons pour jouir de ce spectacle :
une douce satisfaction remplaçait déjà la douleur peinte sur son visage. Galatée, qui se croyait seul avec le chien, se mit à chanter ces paroles :
O toi qui suis toujours mes pas,
• , Toi, le compagnon de ma vie, /-, ,
Tu vas perdre ta bonne amie ;
* ■ Elle quitte ces beaux climats.
Une obéissance cruelle -,
M'arrache à ces prés, à ces bois, Où j'entendis souvent la voix ' .: D'un amant comme toi fidèle.
Aimable chien, viens avec moi :
Toujours seule avec ma pensée , ~ ' De ma félicité passée
• ^ Il ne me restera que toi.
Quitte ton maître pour me suivre ; Tu reviendras au premier jour :
■<' ' ' >■ Il apprendra par ton retour " I ';
Que loin de lui je n'ai pu vivre.
Les larmes que versait Galatée ne lui permirent pas de poursuivre. Élicio pleurait aussi , mais c'était de joie. Il n'est plus maître de son transport ; il court vers la hergèr(ï , toml)e à genoux devant elle, et saisit une de ses mains qu'il presse contre ses lèvres. Galatée, surprise, fitit de vains efforts pour la retirer : elle s'aperçoit que d'autres