‹ ŒuvresChapitre 33 sur 128 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

bergers ia regardent^ elle veut se fâcher ; elle ne le peut pas : elle veut fuir ; le chien l'en empêche : il tourne autour d'elle en sautant ; il les caresse tous deux à la fois ; on dirait qu'il jouit du bonheur qu'il vient de procurer à son maître.

Tircis , Damon , Érastre même , étaient attendris, et n'osaient approcher des deux amans. Galatée les appelle, fait relever Élicio; et s'efforçant de dérober ses larmes : Je ne prétends plus, leur ditelle, cacher un secret que mon imprudence a trahi. Oui, je regrette ma patrie; j'y laisse peut-être mon cœur : mais je n'en suis que plus résolue à obéir à mon père ; ce devoir sacré l'emportera sur tout. Je vous conjure de ne pas redoubler par vos plaintes une douleur qui serait inutile , et surtout de ne pas troubler une solitude devenue nécessaire après un tel aveu. A ces mots , elle s'éloigne , laissant les quatre bergers interdits. Le chien d'Élicio fut le seul qui osa la suivre : elle s'en aperçut, et voulut l'en empêcher en le menaçant de sa houlette ; mais le chien s'offrit à ses coups , et la pauvre Galatée ne put jamais venir à bout ni de le battre ni de le chasser.

Les quatre amis, restés ensemble, tinrent conseil sur les moyens de rompre ce fatal mariage. Tircis était d'avis de rassembler les bergers de la contrée, et de venir tous ensemble supplier Mœris

de ne pas leur enlever le trésor dont ils étaient si fiers. Damon voulait aller en Portugal menacer le futur époux , et Teffrayer de manière qu'il renonçât lui-même à Galatée. Élicio inclinait vers ce parti. Érastre,Ua main sur ses yeux, ne disait rien , et pleurait : Non , mes amis , s'écria-t-il en essuyant ses larmes; tous ces moyens ne serviront qu'à irriter Mœris. J'ai un projet qui rendra tout le monde heureux , excepté moi ; c'est à celui-là que je m'arrête , et de ce pas je vais l'exécuter. En disant ces paroles il embrasse Elicio, et s'éloigne. Les bergers, qui comptaient peu sur l'invention d'un homme aussi simple qu'Erastre, se proposèrent d'aller consulter Termite Fabian. Déjà ils étaient en chemin lorsqu'ils rencontrèrent un cavalier superbement habillé, monté sur un magnifique cheval, et suivi de deux dames sur des haquenées. Une troupe nombreuse de valets prouvait que c'étaient des personnes de distinction. Les bergers les saluèrent en passant ; et l'inconnu , leur rendant leur salut, arrêta Elicio : Voudriezvous bien, lui dit-il, nous indiquer dans ces forêts un lieu commode pour y passer quelques heures ? Les dames que vous voyez sont fatiguées de la chaleur et de la route, et voudraient se reposer ici. Élicio, qui s'oubliait toujours pour penser aux autres , les conduisit à la fontaine des Ardoises ,

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