‹ ŒuvresChapitre 35 sur 128 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

heureux : vous aviez paru prendre pitié de mes maux; ne venez pas les aigrir en m'abusant d'un faux espoir.

Comme il disait ces paroles , Tircis , pour préparer une si tendre reconnaissance, dit à Nisida de chanter de l'endroit où elle était, sans s'offrir encore aux yeux de l'ermite. Nisida suivit son conseil, et commença ce premier couplet d'une chanson que Fabian avait faite autrefois.

Amitié, reprends ton empire

Sur l'aveugle dieu des amans :

Dans la jeunesse, il peut sufllre;

Tu rends heureux dans tovis les temps.

Il fait naître une vive flamme ;

Tu formes un tendre lien :

Il n'est que le plaisir de l'âme ;

Et toi seul en es le soutien.

Fabian parlait encore, lorsque la voix de Nisida vint frapper son oreille. Il s'arrête , il écoute, il reste immobile, les yeux fixes et la bouche ouverte : ensuite, regardant d'un air égaré, sa raison l'abandonne, la terreur se peint sur son visage ; il prend les deux bergers pour des fantômes, et les considère avec effroi. Cependant la voix continue , et vient retentir au fond de son âme : peu à peu sa crainte se dissipe; ses traits, ses yeux, reprennent leur douceur : il revient à lui, s'élance comme un trait

vers l'endroit d'où partait la voix ; il arrive , regarde, et tombe sans mouvement dans les bras de son ami.

Ni sida et Timbrio appellent : les bergers accourent; on s'empresse, on cherche à le ranimer. Blanche avait déjà couru chercher de Teau dans la cellule : elle en jette sur son visage; elle serre ses mains dans les siennes. L'ermite reprend ses sens ; il ouvre les yeux , il doute encore de son bonheur : Est-ce bien toi? dit-il à Timbrio ; est-ce toi que j'ai tant pleuré? — Oui , c'est moi; c'est ton ami, celui qui te doit la vie. Ils s'embrassent, ils confondent leurs larmes, ils restent long-temps serrés l'un contre l'autre. Plus de chagrin, lui dit Timbrio, nous sommes tous réunis : voici Nisida ta bonne amie; voilà Blanche, qui allait mourir si nous ne t'avions pas trouvé : que te faut-il encore? Ah ! rien, répond l'ermite en souriant et pleurant à la fois. Blanche et Nisida lui tendent les bras. Fabian veut parler; mais il fait de vains efforts: il prend les mains des deux sœurs, les joint toutes deux sur sa poitrine, et tombe à genoux en sanglotant.

Cette scène attendrissante dura quelques momens encore. Fabian conduisit ses amis dans sa cellule, et leur fit le détail de tout ce qui lui était arrivé depuis leur séparation. Ce récit fut court :

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