‹ ŒuvresChapitre 36 sur 128 · LIVRE III. llo · texte numérisé non relu

LIVRE III. llo

le prudent Fabian , toujours victime de Tamitié, parla de son amour pour Blanche, comme du sentiment qui l'avait le plus occupé pendant sa solitude. Blanche, transportée, n'osait rien dire ; mais elle embrassait sa sœur.

L'ermite supplia son ami de lui raconter à son tour ses aventures depuis le moment où, pour aller porter la nouvelle de sa victoire à Nisida, il Tavait laissé sur le champ de bataille. Les bergers se joignirent à Fabian pour demander ce récit : Timbrio ne se fit pas presser.

Après mon combat avec Pransile, impatient de revoir Fabian, j'envoyai mon page à la maison de campagne de Nisida : il en revint tout effrayé, et m'annonça la mort de ma maîtresse et la fuite de mon ami. Frappé comme d'un coup de foudre, je partis sur-le-champ pour aller m'informer moimême de tous mes malheurs. Arrivé à cette maison de campagne, ni mes instances ni mes présens ne purent m'en ouvrir l'entrée; et les discours et les pleurs des domestiques me confirmèrent la mort de Nisida. Je ne vous dirai point ce que je devins dans ce moment : on ne meurt point de douleur, puisque je n'expirai pas sur Theure. Malgré mon désespoir, je me souvins qu'il me restait un ami; et, tout blessé que j'étais, je suivis sa trace jusqu'à Gaëte, . ■ ^j^^ :-.■.■•; . .^j.

Quand j 'arrivai dans cette ville, Fabian venait de s'embarquer. Je fus forcé d'attendre le départ d'un navire catalan qui devait retourner dans quelques jours à Barcelone. Le capitaine me reçut sur son bord , et mes larmes redoublèrent en quittant cette Italie où j'avais perdu le plus cher objet de mon cœur.

Le vent, qui d'abord nous était favorable , diminua tout d'un coup, et notre vaisseau, peu éloigné du port, fut presque arrêté par le calme : j'aurais vu la tempête avec plus de joie. Sans cesse occupé de mes maux, toujours pleurant ma Nisida, je demandais au ciel la mort ou mon ami. Les seuls momens que je trouvais moins amers étaient ceux où je chantais sur un luth qui appartenait à un passager.

Le second jour de notre départ, au moment où l'aurore commençait à teindre l'horizon , j'étais assis sur la poupe , et je considérais cette vaste mer dont les flots tranquilles réfléchissaient les étoiles prêtes à disparaître. Tout reposait autour de moi : les officiers, les matelots, étaient livrés au sommeil; le pilote même dormait sur son gouvernail : les voiles étaient pliées; on n'entendait que le bruit de la pioue du vaisseau qui fendait doucement les ondes. Ce profond silence, ce grand spectacle de la mer et du ciel , cette aurore qui venait

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