‹ ŒuvresChapitre 37 sur 128 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

lentement réveiller les malheureux, tout me retraçait plus vivement mes peines. Je pris mon luth, et je chantai ces paroles :

Tout se tait, tout est calme et dans l'air et sur l'onde ; L'on n'entend que le bruit des ailes du zéphir : Tout dort autour de moi dans une paix profonde ; Moi seul je veille pour souffrir *.

Déjà vers l'orient, sur un cliar de lumière, '

L'aurore à l'univers annonce un jour nouveau : Ce jour est un bienfait pour la nature entière ; ;

Pour moi seul il est un fardeau. . l . ,.

Sous le poids des chagrins je sens que je succombe. Nisida, clier objet d'amoiu" et de douleur, Nisida, tu n'es plus , la pierre d'une tombe i-' i .' • , Enferme ton corps et mon cœur. . , ,>

J'en étais à ce dernier vers, lorsque j'entends un bruit de rames qui semblait s'approcher du vaisseau. J'écoute, je regarde; les premiers rayons du jour me font distinguer une barque : elle venait droit à nous, et les efforts de quatre rameurs la faisaient voler sur la mer. La barque approche; une femme s'avance sur le bord. Au nom du ciel, me cria-t-elle, daignez me dire si votre vaisseau

' Agora que calla y viento, Y el sesgo inar esiâ en calma, No se calme mi tormento.

n'est pas le navire catalan parti depuis deux jours de Gaëte. Jugez de ma surprise ; c'était la voix de Blanche, de la sœur de ma Nisida. . . Ah ! ma sœur, m'ëcriai-je... et je me précipite à la corde du vaisseau. Je descends, j'arrive dans la barque, je cours pour me jeter dans les bras de Blanche , je me trouve dans ceux de Nisida.

Je pensai mourir de ma joie : immobile et muet, je ne pouvais proférer une seule parole. Nisida me parlait, me rassurait; je la regardais, en tremblant que ce ne fût un songe, et que le réveil ne m'enlevât mon bonheur.

Revenu de ce premier ravissement, je m'occupai de faire monter dans le vaisseau la tendre Nisida et son aimable sœur. Elles étaient toutes deux en habits de pèlerines : mais le capitaine, instruit par moi, les reçut avec le respect qu'il devait à leur naissance. Ce fut alors que j'appris de Blanche comment l'oubli de l'écharpe avait causé à sa sœur, presque mourante , un évanouissement si profond, que tout le monde la crut morte. Elle ne reprit ses sens qu'au bout de dix-huit heures; et, apprenant à la fois ma victoire sur Pransile , mon erreur , mon désespoir , et notre fuite , elle résolut , avec sa sœur, de tout quitter pour nous suivre. Malgré ses maux , i^ialgré sa faiblesse , elle voulut partir , et Blanche disposa tout pour leur fuite. Elles

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