‹ ŒuvresChapitre 38 sur 128 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

avaient de l'or et des pierreries ; tout lut prodigué pour s'échapper de la maison paternelle. Un domestique gagné leur amena une litière au milieu de la nuit ; et les deux sœurs , munies de leurs diamans, et déguisées en pèlerines, prirent la route de Gaëte, où elles savaient qfie je m étais rendu. Elles y arrivèrent deux heures après le départ du navire. A force d'argent, elles trouvèrent des rameurs qui essayèrent de nous rejoindre : le calme survenu seconda leurs efforts ; et l'Amour, qui protégeait sans doute ces aimables sœuis , les fit arriver sans accident jusqu'à noire vaisseau.

Je retrouvais Nisida ; mais tu nous manquais , mon cher Fabian , et c'était payer bien cher la faveur que nous faisait la fortune. Blatiche le sentait aussi bien que moi. Ton absence fut du moins le seul malheur dont nous eûmes à gémir. Après une heureuse navigation , nous arrivâmes à Barcelone : nous espérions y trouver de tes nouvelles; mais nos recherches furent vaines. Blanche fut la première à dire qu'il fallait parcourir toute l'Espagne, et ne s'arrêter que lorsque nous t'aurions trouvé : elle «tait bien sûre que cet avis serait suivi. Nous résolûmes d'aller d'abord à Tolède, où sont établis des parens de Nisida. Mais, avant tout , nous écrivîmes à son père pour l'instruire de nos aventures, et lui demander la permission de nous marier à

Tolède : il a répondu selon nos désirs ; et nous étions en route pour eette ville, nous informant partout de Fabian, quand notre bonheur nous a conduits ici.

Telle fut l'histoire de Timbrio. Dès qu'il eut cessé de parler , l'ermite le prit en particulier ; et le menant dans lui coin de sa cellule, il lui dit d'une voix timide : Est-ce que je n'irai pas à Tolède? Timbrio , surpris de sa question , le regarde : Fabian baisse les yeux, et laisse échapper quelques larmes. Son ami le serre dans ses bras : Il faut bien , lui répondit-il , que tu viennes à Tolède pour épouser ta chère Blanche : elle t'adore, elle n'a pas été un seul instant sans penser à toi. Tu l'aimes toujours, n'est-il pas vrai ? Plus que ma vie, reprit Fabian; mais je t'aime encore davantage. Allons, ajouta-t-il en souriant, je quitterai cet habit d'ermite, et tu m'en feras trouver un plus convenable à un nouveau marié : mais , si tu m'en crois , quand nous serons les époux de ces deux charmantes sœurs, nous reviendrons ici vivre avec ces bons bei^gers qui nous aiment , et qui méritent que nous les aimions. J'en avais déjà formé le projet, reprit Timbrio : je suis fatigué du monde, et je veux finir ma vie dans ces bois , entre ma femme et mon ami. Après cette conversation, ils vinrent en rendre compte aux deux

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