LIVRE III
sœurs et aux bergers : tout le monde applaudit à leur dessein.
Cependant la nuit était avancée. Elicio conseillait de gagner promptement le village. Je n'ai point de maison à vous offrir , dit-il aux quatre amans; mais je vais vous conduire à celle de Galàtée : Mœris , son père , se fera un honneur de vous recevoir.
Son avis est suivi : on se met en marche j on double le pas; on arrive. Mœris allait se mettre à table avec sa fille, Florise , Téolinde, et les quatre bergers arrivés de Portugal pour emmener le lendemain Galatée. On frappe à la porte , les chiens aboient ; Mœris vient ouvrir lui-même. Elicio lui demande ThospitalitépourNisida, Blanche et les deux amis. Le vieux berger, honoré de pareils hôtes , les accueille avec respect : il appelle sa fille ; il fait ajouter au souper tout ce qu'il a de meilleur; et, les invitant à se mettre à table, il s'excuse sur ce qu'ils n'étaient pas attendus.
Pendant le repas , Galatée s'efforçait de n'être pas triste. Elicio s'était placé le plus loin qu'il îivait pu des Portugais ; il les regardait avec colère, et ses yeux rencontraient quelquefois les yeux de Galatée. On sortit de table. Tous les convives allèrent prendre le frais sur des bancs de pierre qui étaient à la porte de la maison. Le vieux
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Mœris voulut conter à ses hôtes le brillant mariage qu'il avait arrangé pour sa fille : il s'étendit avec complaisance sur les richesses de son gendre, richesses que les Portugais ne manquèrent pas d'exagérer. Les deux amis et les deux sœurs se croyaient obhgés de féliciter Galatée : elle ne répondait rien ; et le malheureux Élicio dévorait ses larmes. Tout à coup le son funèbre d'une trompette se fait entendre dans le village.
Mœris, ses hôtes, tous les habitans alarmés courent vers la grande place , d'où semblait venir le triste son. Ils aperçoivent quatre bergers vêtus de deuil, et couronnés de cyprès : deux portaient à la main des flambeaux allumés ; les deux autres sonnaient de la trompette. Au milieu des quatre bergers était un ministre de l'Éternel , vêtu de ses habits sacerdotaux.
C'était le vénérable Salvador, le pasteur des bergers , celui qui les consolait dans leurs peines , et qui remerciait le ciel de leur bonheur. Tout le village était sa famille , tous les orphelins ses enfans ; depuis quarante années il remplissait le sublime emploi de louer Dieu et de servir les hommes.
Bergers, s'écria-t-il , c'est demain le joiu" choisi dans l'année pour honorer les cendres de nos frères dans la vallée des tombeaux. Songez à ce