LIVRE IV
sur des bâtons noueux. Hélas ! c'était pour êûx surtout que la cérémonie était intéressante ; ils allaient pleurer sur la tombe d'un fils , d'une sœur ou d'un époux.
Salvador fermait la marche : il avait choisi cette place pour être plus près des plus malheureux. A ses côtés huit beaux enfans, vêtus de robes de lin, et couronnés de fleurs, portaient avec respect l'eau lustrale, l'encens et le feu. Fiers de cet emploi, qui était la récompense d une année entière de sagesse , ils s'avançaient plus gravement que les vieillards.
Pour arriver à la vallée des tombeaux, il fallait faire à peu prés une lieue toujours sur la rive du Tage , et sous une voûte de verdure que formait un double rang de peupliers. Les bergers en silence marchaient sur un gazon semé de fleurs humides encore de la rosée. Le soleil commençait à dorer la cime des montagnes, et annonçait un des plus beaux jours de l'été : le ciel était partout d'azur ; un doux zéphir agitait les arbres , et berçait mollement les petits oiseaux dans leurs nids : l'alouette, déjà perdue dans les airs, se faisait entendre sans être aperçue ; le rossignol, fatigué d'avoir chanté toute la nuit , se ranimait pour saluer le jour ; la tourterelle et le ramier répondaient par des plaintes au chant joyeux du pivert j les fleurs
exhalaient tous leurs parfums ; les poissons se jouaient sur les eaux du fleuve : toute la nature, au moment de son réveil , semblait remercier le créateur du nouveau bienfait qu'il lui accordait.
Timbrio, Fabian, Blanche et Nisida, peu accoutumés à ce spectacle ravissant , le contemplaient avec surprise. L'entrée de la vallée des tombeaux leur causa bientôt une nouvelle admiration.
Sur la rive de ce beau fleuve, qui roule de l'or dans son sein, est un espace d'un mille carré, ceint de toutes parts d'une chaîne de collines : on y pénètre par une seule entrée. Ce long défilé est garni des deux côtés d'une haie de cyprès plantés en amphithéâtre, et si serrés, que leurs branches entrelacées forment un mur épais aussi haut que les montagnes. Quelques rosiers, quelques jasmins sauvages, parsèment de ileurs rouges et jaunes le vei't sombre de ces deux murailles. Jamais aucun troupeau ne pénétra dans cet asile ; jamais le bûcheron ne porta la hache dans ce bois sacré. Un silence profond y règne : l'on n'entend que le bruit de quelques sources qui descendent sous le feuillage, se réunissent dans un lit de mousse, et vont portera quelques pas dans le Tage leurs petits flots argentés.
A l'extrémité de cette avenue est un antique sapin qui semble fermer la vallée. Sur son écorce sont .gi'avées ces ));u'()les :