‹ ŒuvresChapitre 43 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Passant, respecte c et asile :

Si ton cœur est pervers, treinljle d'y pénétrer ; Mais, s'il est vertueux, marche d'un pas tranquille ;

A ces tombeaux tu peux pleurer.

Dans rintérieiir de la vallée , les mêmes cvprès régnent alentour. Au milieu est une fontaine dont l'eau , toujours abondante , arrose et nourrit le gazon. Quelques tombeaux sont épars eà et là, les uns déjà couverts par le lierre , les autres encore ornés de guirlandes ; tous renferment la dépouille mortelle d'un être qui aima la vertu.

L'honneur d'être enterré dans cette belle vallée ne s'accordait pas à tous les morts ; c'était la récompense d'une vie irréprochable : le village assemblé l'adjugeait. ^ . .

Les bergers, parvenus à la fontaine, s'arrêtèrent ; et Salvador éleva la voix : Séparez-vous, s'écria-t-il ; vous vous rassemblerez prés de moi quand la trompette sonnera. A ces mots , tout le monde se disperse; chaque veuve, chaque orphelin, court à la pierre qui couvre l'objet de ses larmes. Timbrio, Fabian, et les deux sœurs, ont perdu de vue Élicio ; ils parcourent la vallée en le cherchant.

Us le découvrirent bientôt à j^ienoux devant le tombeau de sa mère : ses mains étaient jointes; ses yeux , baignés de pleurs , étaient tournés vers le ciel. 0 ma mère ! disait-il , vous êtes siÀrement

heureuse, puisque vous fûtes toujours bonne : veillez sur moi de votre céleste demeure; faites que j'aime la vertu autant que j'aimai ma mère. En prononçant ces mots, il pressait son visage sur la tombe, et ses larmes coulaient le long de la pierre.

Les quatre amans l'écoutaient en silence ; ils approchent, et Timbrio, prenant la main du berger : Digne fils, lui dit-il , vous pénétrez mon cœur de tendresse et de respect. Promettez-moi d'être mon ami, et dès ce moment je renonce au monde pour être berger avec vous, pour habiter, avec Nisida, Blanche et Fabian, une cabane voisine de la vôtre. VoMS seriez trop près d'un malheureux, lui dit Élicio : depuis que j'ai perdu ma mère, un seul sentiment pouvait me faire aimer la vie, et demain je ne verrai plus celle qui en est l'objet. Les deux sœurs, les deux amis, le pressèrent de s'expliquer davantage. Ce n'est pas ici le lieu de vous parler de mes amours , reprit le berger ; quand nous serons sortis de la vallée , je vous raconterai mes malheurs.

Il parlait encore ; la trompette sonna : Expliqueznous, demanda Timbrio, pourquoi Salvador nous rappelle. Pour honorer, lui répondit Élicio , la c(»ndre du dernier berger que nous avons perdu. Ensuite nous entendrons l'histoire de sa vie , qui nous sera chantée par la plus sage de nos bergères.

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