LIVRE iV
entrelacées, cherchaient mutuellement à se terrasser. '
Le chien d'Élicio n'avait pas quitté son maitre, et faisait des efforts pour le secourir : mais une chèvre sauvage l'occupait assez lui-même. Attentive à ne jamais prêter le flanc, elle le poussait devant elle en le menaçant de ses cornes , tandis que le chevreau rassuré bondissait derrière sa mère, et semblait braver celui qu'il avait craint.
Tircis , Damon, et les deux amis, se précipitent pour séparer les combattans. Timbrio se saisit du sauvage ; il a besoin de toute sa force pour le contenir : mais Téolinde est évanouie, et tout le monde vole à son secours. L'homme sauvage jette les yeux sur elle ; il demeure immobile en fixant ce visage pâle : bientôt , se dégageant des bras de Timbrio, il saisit le chevreau, cause innocente de tant d'accidens , tombe à genoux devant Téolinde , et le lui présente d'un air soumis. A. peine la bergère a-telle repris ses sens, qu'elle s'élance au cou du sauvage ; Ah! c'est toi, s'écria-t-elle, Artidore, mon cher Artidore! tu n'as donc pas oublié Téolinde... Au nom de Téolinde, Artidore change de couleur : il se relève ; et regardant la berejère d'un air égaré : Téolinde î dit-il : elle m'a trompé ; je m'en souviens bien : est-elle ici? la connaissezvous ? Oui , lui répond la bergère d'une voix
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tremblante ; elle est ici ; elle ne vit que pour toi. Écoutez, interrompt Artidore en lui parlant à voix basse, il faut que vous me conduisiez vers elle; je veux lui reprocher sa perfidie, lui dire que je ne l'aime plus : ensuite nous reviendrons ensemble habiter ma caverne ; vous serez ma bonne amie, et je vous donnerai mon chevreau.
Tëolinde , à ce discours, vit bien que la douleur avait égaré la raison du malheureux Artidore : elle le regarde, pleure; et lui serrant la main avec tendresse : Je le veux bien, dit-elle; je ne te quitterai plus ; je suis avec toi jusqu'au dernier jour de ma vie : j'espère te prouver que Téolinde ne fut pas coupable. En disant ces mots, elle prend le bras d Artidore, et l'entraîne avec elle dans la route qui conduisait à la fontaine. La chèvre et le chevreau les suivent; le reste des bergers marche à quelque distance, impatient de voir la fin de cette aventure.
Pendant le chemin , Téolinde fait ses eflbrts pour ménager une reconnaissance qu'elle craignait et souhaitait. Attentive à ne rien dire qui puisse déplaire à son amant, elle parle avec précaution d elle-même, rappelle doucement leurs amours, raconte l'histoire de sa sœur jumelle, et tous les chagrins (ju'elle lui causa ; elle observe l'efTet de chaque parole sur le visage d'Artidore, suit pas à