‹ ŒuvresChapitre 51 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ni moi ne méritons Galatëe : le seul Élicio est digne d'elle. Tu peux en croire cet aveu de la bouche de son rival. Tu exiges que ton gendre soit riche : regarde ce beau troupeau, qui vaut seul un héritage j il est à Élicio. Ce n'est pas moi qui le lui donne ; je n'ai fait que parcourir les hameaux voisins: Elicio a tant d'amis, que, chacun d'eux ne lui donnant qu'un agneau avec sa mère, en deux jours j'ai formé ce troupeau.

Il n'avait pas fini de parler, qu'Élicio le baignait de ses pleurs : Ah ! mon ami, lui dit-il , quelque soit mon sort, ton amitié le rend digne d'envie : je n'ose espérer Galatëe ; mais... Elle est à toi, s'écria Mœris les larmes aux yeux : viens, ma fille, je te donne à ton libérateur ; viens embrasser ton époux. Galatée , vermeille comme la rose, approche , et craint d'avancer trop vite ; Élicio était à genoux, et lui tendait avec respect le seul bras qu il avait de libre. Galatée le regarde, s'arrête, baisse les yeux, et devient plus vermeille encore. Son père, qui jouit de ce tendre embarras , la prend par la main, la conduit à son heureux époux : là, il fallut encore qu'il la forçât d'approcher son visage du sien ; et ce baiser fut le premier que Galatée eût reçu dans toute sa vie.

Alors on raconte à Érastre l'enlèvement de Galatée et de Florise. Timbrio vient à lui : Berger ,

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dit-il , VOUS m'avez ravi le plus beau moment de ma vie ; je voulais partager mon bien avec Élicio^ pour lui faire épouser Galatée ; vous m'avez prévenu. Vous neFaimez pourtant pas plus que moi, mais vous l'aimez depuis plus long-temps; il est juste que vous soyez préféré. J'espère du moins , ajouta-t-il en élevant la voix, que Ton me permettra d'accomplir un autre dessein. Je veux faire quatre parts de ma fortune : la première doit appartenir à mon ami Fabian ; j'offrirai la seconde à Téolinde et Artidore, pour les engager à se fixer ici ; la troisième sera partagée, par les mains de Salvador , aux pauvres de ce village ; et de la quatrième on achètera une maison, des champs et un troupeau pour JNisida et pour moi. Oui, mes bons amis, je serai berger; je finirai mes jours avec vous , avec Fabian : nos cabanes seront voisines , nos ménages seront unis, nous deviendrons l'exemple du village, et nous vieillirons tous ensemble dans la paix, la joie et l'amour.

Tout le monde remercia Timbrio : Artidore et Théolinde l'embrassèrent. Mœris voulut que ce soir même tous les conlrats fussent rédi.o;és. Il court répandre dans le villap-e la nouvelle de tant d'heureux événemens, et ramène avec lui l'alcade et le vénérable Salvador.

Les contrats furent bientôt faits. L'on convint

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