‹ ŒuvresChapitre 52 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

que dés le lendemain Timbiio renverrait toute sa suite à Tolède, avec un homme de confiance qui donnerait de ses nouvelles aux parens de Nisida, et rapporterait en argent comptant la fortune de son maître. Pendant ce voyage, Mœris devait acheter les troupeaux et les fermes des nouveaux bergers ; et en attendant que tout fût prêt , T imbrio et Fabian, avec leurs épouses , devaient demeurer chez Mœris, et Téolinde et Artidore chez Érastre.

Il ne restait plus qu'à fixer le jour des quatre mariages. Élicio , malgré sa blessure, décida que ce serait le lendemain.

Le sage Salvador ne put obtenir de lui qu'il différât, et les autres époux, sans le dire, étaient de l'avis d'Élicio.

On se mit à table ; chaque amant fut placé prés de sa maîtresse. Après le repas , on alla s'asseoir au jardin : là , sous une belle treille , au clair de la lune, et sur des sièges de gazon, Ton voulut finir par des chants cette heureuse journée. L'un prend sa flûte, l'autre sa musette; on fait un cercle , au milieu duquel sont placés Mœris et Salvador , et les amans chantent ces paroles :

Je méprisais cette foule importune De mortels dignes de pitié, Qui laissent le repos, l'amour et l'amitié,

148 GALATEE.

Pour courir après la fortune.

Aujourd'hui mon cœur leur pardonne, Et n'a ])lus de mépris pour eux :

Je sens que l'argent rend heureux ; Mais c'est au moment qu'on le donne.

Long-tems j'ai douté de ta foi, Sans rien perdre de ma tendresse ; Un jour de plus passé sans toi, J 'allais mourir de ma tristesse.

J'ai retrouvé l'objet cher à mon cœur ; L'amour et l'amitié me fixent au village :

Pour rendre grâce au ciel de mon bonheur , J'irai souvent à l'ermitaae.

J'ai cru ma bergère capable De la plus noire trahison, Et la perte de ma raison Punit un soupçon trop coupable.

Je revois celle que j'adore, Je sens ma raison revenir :

Ah I ce n'est pas pour en jouir ; L'amour va me l'ôter encore.

Te souviens-tu de ce beau joiu-

Où d'iui air si doux et si tendre,

Tu vins me supplier d'entendre

L'aveu de ton fidèle amour ?

Je t'écoutais, toute honteuse ;

Mais le plaisir faisait battre mon cœ'ur

Page 1