‹ ŒuvresChapitre 64 sur 128 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

mains d'Isidore, qui, répétant les mêmes sons, accompagne ces paroles :

Ne méprisez pas mon enfance :

Celui que vous adorez tous, •

Celui dont l'empire est si doux

Qu'un sourire fait sa puissance,

Des bergers, des princes le roi,

N'est-il pas enfant comme moi ? ,

Au timide il donne l'audace,

Il rend doux le plus emporté, ^

Au sage il prend sa liberté,

Et par le bonheur la remplace :

Des héros, des sages le roi,

N'est-il pas enfant comme moi ?

Il créa tout ce qui respire ;

Son souffle anime l'univers ;

Sur la teri'e, aux cieux, dans les mers,

Partout il étend son empire :

De la nature il est le roi,

Et c'est un enfant comme moi.

On m'a dit quim peu de souffrance Faisait acheter ses faveurs ; Mais, pour adoucir sei rigueurs, Il nous a donné l'espérance :

De nos cœurs lui seul est le roi, Et c'est un enfant comme moi.

Dans l'art qu'à mon âge on ignore,

Estelle m'a rendu savant; i

Quand l'astre du jour est brûlant, On ressent ses feux de? l'aurore :

Des dieux et des homn^ 's le roi N'est-Il pas enfant comme moi ?

Ainsi chanta Némorin. ^\me voix unanime on lui donne le prix. Hélion , s'efforçant de sourire, applaudit lui-même à son jeune vainqueur. Tous les enfans poussent des cris de joie , et viennent porter des couronnes à Némorin. Celui-ci court au bélier, le prend dans ses bras, le soulève à peine; mais, aidé par Isidore et ses jeunes compagnons, il va le porter auN pieds d Estelle : J'ai chanté l'amour, lui dit-il; et si l'amour m'a fait vaincre, c'est pour que le prix soit à vous.

Estelle rougit en regardant sa mère. Marguerite permet qu'elle accepte ce don, et la bergère hésite encore. Enfin, d'une main tremblante, elle saisit le ruban vert qui était passé au cou du bélier. Les applaudissemens redoublent; la troupe des enfans surtout, qui, depuis la victoire de Némorin, se regardait comme la première , fait éclater ses bruyans transports. Tous veulent qu'Estelle embrasse Némorin; tous le demandent à haute voix. Estelle effrayée se retire entre les bras de Marguerite, elle refuse d'obéir : mais M;»rguerite et les juges lui prescrivent ce devoir d'usage envers les vainqueurs. Alors Estelle, vermeille comme la fleur

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