‹ ŒuvresChapitre 69 sur 128 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

tracés. Marguerite partage ses peines ; elle presse Estelle sur son cœur maternel, elle veut aller à l'instant s'informer dans tout le village de ce qu'est devenu Némorin : mais Raimond, qui rentre chez lui, appelle sa femme et sa fille.

Vous n'ignorez pas, dit-il à Marguerite, la parole que j'ai donnée à Maurice. Le temps est venvi de l'acquitter. Méril arrive ce soir de Lézan. Vous le connaissez, ma fille ; vous savez combien ses vertus le font respecter de tout ce canton : préparez-vous à devenir sa femme. Forcé d'aller à Maguelonne pour des affaires d'intérêt, je ne veux partir qu'après ce mariage. Il se fera dans trois jours. Votre mère pourra vous dire que je ne serais pas le maître de vous donner un autre époux, quand même je n'aurais pas si bien choisi.

Raimond, après ces paroles, sortit pour aller au-devant de Méril. Estelle et sa mère , interdites, attendirent que le vieillard fût loin pour se jeter dans les bras l'une de l'autre. Marguerite raconte à sa fille le serment fait à Maurice. Estelle pleure et se tait. Hélas ! s'écrie Marguerite^ je sens tout ce que tu souffres, et je ne puis te secourir. Tu m'es plus chère que la vie ; mais je mourrais mille fois plutôt que de résister au moindre désir de mon époux. Il est pour moi l'image de Dieu même ; ses volontés sont mes lois ; et les

lîX) ESTELLE.

qualités que j'adore en lui ajoutent encore au respect que sa présence me commande. Pardonne, ma chère Estelle , pardonne-moi ce sentiment que rien ne pourrait altérer. Je saurai pleurer avec toi ; sache ohéir avec ta mère. , .

A ces mots, elle embrasse Estelle, et toutes deux restent long-temps serrées l'une contre l'autre. Mais elles aperçoivent Raimond, et se hâtent d essuyer leurs yeux. Le vieillard parait, suivi deMéril. Estelle pâlit à cette vue; Marguerite s'avance pour la soutenir. , :..,:,

Le jeune laboureur se présente avec plus de franchise que de gi âce : sa figure, moins agréable que noble, annonçait ce calme sérieux que donne l'austère vertu. Ses yeux, peu animés, cherchaient Estelle sans l'air de rempressement. -

Voilà votre femme, lui dit Raimond ; elle aimera son époux comme elle a toujours aimé ses devoirs. Quant aux vôtres , vous les connaissez ; et vous les remplirez , j'en suis sûr, car vous êtes fils de Maurice.

Méril, à ces mots, prend la main d'Estelle et la rerardant avec pravité : Fille de Raimond, lui dit-il, mon cœiu" esta vous depuis le premier jour où je vins à la fête de votre village ; je m'efforcerai de gagner le vôtre : si l'estime et la confiance ont

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