LIVRE I
des droits sur une belle ame, j'espère y parvenir un jour.
Estelle rougit sans répondre. Marguerite se hâte de parler, tandis que Raimond fait dresser la table, place Méril auprès d'Estelle, et l'entretient, pendant le souper, de son amitié pour Maurice, du plaisir qu'il trouve à donner sa fille au fds de son ancien ami, et des nombreux troupeaux qu'elle aura pour dot.
A la fin du repas, le vieillard, voulant faire entendre à Méril la charmante voix d'Estelle, lui ordonne de chanter. C'est vainement que Marguerite veut lui épargner ce pénible effort : Raimond répète son ordre; Marguerite se tait, et la triste Estelle commence alors cette chanson que JNémorin lui avait apprise :
Que j'aime à voir les hii'ondelles A ma fenêtre, tous les ans, Venir ni 'apporter des nouvelles De l'approche du doux printemps I Le même nid, me disent-elles, Va revoir les mêmes amours ; Ce n'est qu'à des amans fidèles A vous annoncer les beaux jours.
Lorsque les premières gelées Font tomber les feuilles des bois.
Les hirondelles rassemblées S'appellent toutes sur les toits :
IftB: ESTELLE.
Partons, partons, se disent-elles , Fuyons la neige et les autans :
Point d'hivers pour les cœurs fidèles, Ils sont toujours dans le printemps.
Si par malheur dans le voyage, Yictime d'un cruel enfant, Une hirondelle mise eu cage Ne peut rejoindre son amant, Yous voyez mourir l'hirondelle D'ennui, de douleur et d'amour, Tandis que son amant fidèle.
Près de là, meurt le même jour.
Estelle ne put finir sa chanson. Raimond, qui s'en aperçut, ne voulut pas la presser davantage. 11 quitte la table ; et Méril, plus épris que jamais d'Estelle, embrasse le vieillard, le supplie de hâter son bonheur, et se retire chez .son oncle Prosper, qLii demeurait à Massanne.
Marguerite , dont les yeux maternels n'ont pas quitté les yeux de sa fille ; Marguerite , qui connaît et partage tous ses tourmens, invite tendrement Estelle à s'aller livrer au sommeil. Estelle obéit, vient saluer son père, se jette dans les bras de sa mère , qu'elle presse fortement contre son cœur ; et , détournant son visage pour cacher ses larmes, elle se hâte de gagner l'asile où du moins elle pourra pleurer.