LIVRE I
Pourquoi , dit-il , punir vos brebis , quand c'est moi que Aous voulez punir? Ces pâturages sont les meilleurs du canton ; vous pouvez , en me fuyant, laisser ici vos agneaux, j'oublierai mes chèvres pour en avoir soin. Si cette faveur vous semble trop grande, choisissez l'endroit où vous voulez passer la journée , je m'en éloignerai pour qu'il vous soit plus agréable. Elicio, répondit Galatée, ce n'est pas pour vous fuir que je détourne mes moutons; je les mène au ruisseau des Palmiers, où je dois trouver ma chère Florise. Je suis reconnaissante de vos offres ; je vous le prouve en dissipant vos soupçons. Elle parlait encore , et continuait son chemin ; Érastre lui cria de loin: Puisses-tu devenir amoureuse de quelqu'un qui te traite comme tu nous traites ! Puisses-tu... Il en aurait dit davantage si Galatée, en s'éloignant toujours, ne s'était mise à chanter. L'amant le plus en colère aime encore mieux écouter sa maîtresse que de lui dire des injures : Érastre se tut; Galatée chanta ces paroles :
Les soins de mon troupeau m'occupent toute entière ; C'est de mes seuls agneaux que dépend mon bonheur : Quand j'ai trouvé pour eux une fontaine claire , S'ils sont contens , rien ne manque à mon cœur.
Je dors toute la nuit ; quand l'aube va paraître ,
Sans crajnic et sans désir je vois venir le jour : Ce doux repos m'est cher ; je ne veux point connaître Ce vieux enfant que l'on appelle Amour.
Que les loups et l'Amotu" soient loin de ma retraite. Trop lieureuses brebis, un chien sûr vous dclend : Pour me défendre , hélas ! je n'ai qu'une houlette ; Mais c'est assez pour combattre un enfant.
En achevant sa chanson , Galatée était arrivée au ruisseau des Pahniers. Florise l'attendait, Florise , sa meilleure amie , la confidente de ses plus secrètes pensées. Elles s'assirent au bord de l'eau, et s'amusaient à cueillir des fleurs , lorsqu'elles aperçurent une bergère qui leur était inconnue. Cette étrangère, jeune et belle, paraissait accablée d un chagrin profond. De temps en temps elle s'arrêtait , soupirait , et regardait le ciel avec des yeux mouillés de larmes. Trop occupée de ses malheurs pour apercevoir Galatée, elle s'approcha du ruisseau , prit de l'eau dans sa main , et lava ses veux fatigués de pleurer : Hélas ! dit-elle, il n'y a point d'eau qui puisse éteindre le feu dont je suis consumée.
Galatée et Florise coururent vers l'étrangère : Si le ciel, lui dirent-elles, est aussi touché de vos pleurs que nous le sommes , bientôt vous n'aurez plus sujet d'en répandre. Nous plaignons vos mal-