‹ ŒuvresChapitre 72 sur 128 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

rin pût l'entendre ; mais la modeste bergère, ne voulant être entendue que de lui seul, avait choisi cette chanson :

L'autre jour lu bergère Aunctte.

Ayant perdu son bel agneau, - Pleurait, et disait à l'éoho

Ses chagrins, que l'écho répète :

Ah I bel agneau, tu me trompais, Lorsque tu paraissais nie chérir pour la vie ; Hélas I d'après mon cœur, je n'aurais cru jamais

Que l'on pût quitter son amie.

Je t'ai vu, dédaignant l'hcrbette,

Mieux aimé souffrir de la faim

Que de prendre d'une autre main

Les fleurs que t'apportait Aiinette.

Ah I bel agneau, tu me trompais.

Lorsque tu paraissais me chérir pour la \w ; Hélas ! d'après mon cœur, je n'aurais cru jamais,

Que l'on pût quitter son amie.

Au moindre son de ma musette,

Je te voyais vite accourir ;

Aujourd'hui tu m'entends gémir.

Et tu fuis loin de ton Annette.

Ah I bel agneau, tu me tronqiais, Lorsque tu paraissais me chérir pour la vie ; Hélas I d'après mon cœvu-, je n'aurais cru jamais

Que l'on pût quitter son amie.

Estelle était parvenue à l'angle que fait le Gardon , vis-à-vis de Maruéje. Elle n'avait plus qu'un court trajet pour arriver au pont de Ners,

quand elle aperçut des brebis qui paissaient dans la presqu'île formée par le fleuve dans cet endroit. Estelle s'arrête, regarder et ne découvre ni berger ni chien. Elle continuait sa marche, lorsqu une de ces brebis se mit à bêler : aussitôt le mouton d'Estelle se jette à la nage, traverse le fleuve, arrive en bondissant au milieu d'elles, et leur exprime sa joie de les retrouver.

Au mouvement qu'il cause dans le troupeau , le fidèle Médor se presse d'accourir. Bientôt, d'un massif d'azeroliers qui ombrageait une vieille masure, Estelle voit sortir un berger : c'était lui, c'était Némorin ; mais il n'était reconnaissable que pour Estelle. Ses vêtemens étaient en désordre, ses cheveux tombaient sur son front, une pâleur mortelle couvrait son visage, ses joues flétries étaient sillonnées de larmes, ses yeux éteints regardaient la terre.

Il s'avançait à pas lents, quand le mouton d'Estelle vient à lui. Le berger surpris l'examine , et lève les yeux sur l'autre rive : il voit Estelle immobile, appuyée sur sa houlette, fixant sur lui des yeux attendris.

A cette vue , Némorin jette un cri , et se précipite vers Estelle. Estelle , par un mouvement involontaire , s'avance vers Némorin. Tous deux ne s'arrêtent que lorsque leur chaussure est baignée

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