LIVRE IL
de deux ans, si la mort me surprend dans ma longue route, honore-moi en acceptant cette grotte, ce troupeau, ce vallon que j'ai cultivé dans l'espoir de le laisser à un berger vertueux. Je t'ai trouvé : sois mon héritier.
Némorin voulut s'opposer à la volonté du vieillard ; sa résistance fut vaine. Rémistan, avec la pointe de son couteau, grava sur un morceau d'écorce la donation faite à Némorin, Ce bei\<îer, à son tour, lui jura, par la bergère qu'il adorait, et qu'il ne voulut pas nommer, de ne point quitter le vallon avant deux ans expirés. Cependant, ajouta-t-il , je demande qu'il me soit permis de monter tous les jours sur cette montagne. Rémistan eut de la peine à l'accorder : mais à la fin il céda, et courut chercher à l'instant le ti'oupeau de son jeune ami.
Tous dcLix le firent entrer dans le vallon ; ensuite le bon vieillard établit Némorin dans la grotte. Il l'instruisit des principaux secrets qu'une longue expérience lui avait appris sur le soin des brebis, sur la culture des arbres. Il y joignit des conseils pour le bonheur , ou du moins pour le repos de la vie ; et, sans lui faire aucune question indiscrète, sans avoir l'air de pénétrer la cause de sa douleur, il sut mêler dans tous ses discours les consolations les plus propres aux maux qu'il lui voyait souffiir.
Après avoir ainsi passé une partie de la nuit , le solitaire et le berger se couchèrent sur le même lit de feuilles. La fatigue du jour précédent endormit bientôt Némorin. Alors Rémistan se leva, sortit de la grotte avec précaution ; et, sans attendre Taube du matin , il se mit en marche à l'heure même. - ^