LIVRE llf
« seul moyen qu'ait mon cœur de ne plus fatiguer (( de sa constance celle à qui je n'ose dire adieu.»
Marguerite s'évanouit à la lecture de cette lettre. Estelle , fondant en larmes , s'empressait de la rendre à la vie; Rose les secourait toutes deux. Enfin Marguerite reprit ses sens ; mais les pleurs ne la soulageaient point encore. Sa douleur profonde et muette ne pouvait pas sitôt s'exhaler. Après un long et morne silence^ elle fit demander l'envoyé de Méril pour l'interroger elle même sur les détails de son malheur. Cet envoyé n'était plus à Massanne : son maitre lui avait ordonné d'aller sur-le-champ à Lézan vendre ce qui lui restait de hien. Méril , décidé à ne plus revoir sa patrie , voulait aller finir ses jours dans une terre étrangère.
L'inconsolable Marguerite pensa mourir de sa douleur. Estelle lui prodigua ces soins si doux pour les âmes sensibles, et qu'elles seules savent rendre. Sans lui parler de consolations , elle avait l'art de lui en offrir. Au désespoir elle-même d'avoir perdu l'auteur de ses jours, en mêlant ses larmes à celles de sa mère, elle finissait par les essuyer. Tout ce que la tendresse la plus délicate peut imaginer , peut mettre en usage, fut employé par Estelle. Le ciel la récompensa en lui conservant sa mère ; mais jusqu'au jour où elle fut certaine d'avoir ramené un peu de calme dans cette âme déchirée, la
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vertueuse bergère s'interdit de songer à Némorin.
Après doux mois donnés à ces soins pieux, Estelle permit à son cœur de s'occuper de son amour. Rien ne pouvait plus le contraindre. Méril , en s'expatriant, avait renoncé lui-même à ses droits. Marguerite était loin d'apporter des obstacles à une félicité qui seule pouvait soulager ses maux. L'aurore d'un heureux avenir commençait à luire aux yeux de la bergère ; il ne fallait plus que retrouver celui qu'elle aimait. :[ > Marguerite fut la première à lui en parler ; Estelle rougit et l'embrassa. La bonne mère aussitôt envoya ses serviteurs sur les traces de Némorin^, Estelle et Rose le cherchèrent dans les montagnes de Lédignan, dans les bois de Saint-Nazaire ; elles vinrent même jusqu'au vallon de Florian, s'approchèrent des bords du Vidourle , et firent retentir du nom de Némorin les roches désertes de Coûta. Toutes leurs courses furent vaines : nulle partion n'avait vu le berger. Les deux amies revenaient chaque soir plus alïligées près de la bonne Marguc^ritc , qui les consolait à son tour.
Un jour qu'Estelle et la fidèk; Rose s'étaient égarées du côté de Gardet, et que, fatiguées d'une longue marche, elles s'étaient assises sous un térébinlhe , Estelle , en regardant de loin les cabanes du hameau , commença cette chanson :
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