LIVRE III
vers les liords du fleuve, détache une barque qu'un lien d'osier retenait, y fait entrer les deux bergères, saisit l'aviron^ et les passe de l'autre côté.
Rose avait peur, Estelle la rassurait. L'enfant marche avec elles vers les bois de Maigron : elles font plusieurs détours , montent, descendent quelques collines , et trouvent enfin un sentier étroit qui les conduit au vallon deRémistan; lieu charmant, mais lieu d'exil, où le fidèle Némorin passait les nuits à pleurer sa maitresse, et les jours sur la montagne à regarder de loin sa maison.
Les derniers rayons du soleil n'éclairaient plus que le sommet des coteaux, lorsqu'Hilaric et les deux bergères arrivèrent dans cette vallée. Estelle promène des regards inquiets sur la cabane, sur le verger , sur les bords du tranquille étang : elle ne voit point Némoi in ; mais elle aperçoit de loin son troupeau, et reconnaît le fidèle Médor. A cette vue , des larmes de joie coulent de ses yeux , son cœur palpite avec tant de vitesse, qu'elle est obligée de s'arrêter et de s'appuyer contre un peuplier. Des caractères étaient tracés sur l'écorce ; Estelle lit ces paroles :
Arbre charmant, qui me rappelle Ceux où ma main "rava son nom.
'}up l.,(\ Ruisseatt limpide, beau vallon, y.ir)b PJ; En vous voyant je cherche Estelle, OTlirr 1 ^^ souvenir cruel et doux !
Laissez-moi ; que me voulez-vous ?
ifî'fiino d Si quelquefois, sous cet ombrage , 89irO ; j^'^Mes yeux succombent au sommeil, I . Je la vois ; mais l'aiTrcux réveil
^ M'enlève une si chère image.
S 101.) - O souvenir cruel et doux! "'ind'J jîO Laissez-moi ; que me voulez-vous?
Insensé ; quel est mon delne I
'lîJH CTîff^i^ •
■ *e ne vis que par mes regrets. ,
• 'Ah ! si je les perdais jamais, -
?.!r[ff ïno Qu^ mon cœur serait prompt à dire :
r ^ .0 souvenir cruel et doux !
Jievenez ; pourquoi tuyez-vous :
EsteWle essuyait ses yeux pour recommencer à lire ces vers, lorsqu'Hilaric découvre Némoriii qui descendait de la montagne par le même chemin oii ils étaient arrêtés. Estelle s'enfonce aussitôt dans un massif de coudriers; Rose et l'enfant se cachent avec elle ; et la hergère (reml)lante observe d'un œil humide, tous les mouvemens du berger.
Il descendait en silence, la tête baissée, tenant dans ses mains un ruban vert qu'Estelle lui avait autrefois donné. Il s'arrêtait d'espace en espace, regardait ce ruban, le bais.iit, et continuait sou chemin. Quand il fut arrivé près du lieu où les
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bergères étaient cachées , il fixa long-temps ce ruban , et tout à coup détournant la tête : Pourquoi chercher, s'écria-t-il , à augmenter mes maux par les souvenirs d'un bonheur passé ? Pourquoi conserver encore les p:ap-es cruels d'un amour crui jamais ne doit être heureux? Je ne veux plus te V^oir , fatal ruban, dont la coulein^ m'a trompé : fa loin ae inôî , và^poûr toujours avec mes fausses espérances. ' ' ' <^'j ' " ^
[ A ces mots, iî jette le ruban , et il paraît plus tfanqùille. Mais le souffle du zéphir emportant le ruban vers les coudriers , Némorin s'élance pour le reprendre ; Estelle, plus prompte, le saisit, et le présentant au berger : Il ne vous a pas trompé, dit-elle, puisqu'Estelle vous aime toujours. " "^
Némorin interdit n'en peut croire ses yeux : il demeure sans mouvement. Tout à coup il jette un grand cri , tombe à genoux , et tend les bras vers Estelle.
La bergère, serrant sa main , le relève avec un doux sourire : Oui, lui dit-elle, c'est moi; nous n'avons plus de maux à craindre. Levez- vous, Némorin, levez-vous; notre bonheur va commencer.
Rose accourt avec Hilaric. Rose confirme au pasteur l'assurance d'une félicité qu'il regarde encore comme un songe; et lorsque l'heureux Né-
niorin est enfin en état de les entendre, toutes deux le mènent au pied du })eaplier , où il s'assied au milieu d'elles. .• - . . .. ;
C'est là qu'Estelle lui raconte les événemens qui se sont passés. Elle donne de nouveaux pleurs à la mémoire de son père; et Némorin n'a pas besoin de réflexion pour repoussser loin de son cœur le moindre sentiment d'une joie qui aurait offensé sa bergère.
Dés qu'elle a fini son récit , Rose veut qu'à l'instant même le pasteur revienne à Massanne. Némorin baisse les yeux ; et les relevant tristement vers Estelle : Mon bienfaiteur , lui dit-il , le vénérable Pvémistan , m'a fait jurer de l'attendre ici. Ce bon Rémistan m'a comblé de biens lorsque , forcé de renoncer à vous , il ne me restait rien sur la terre. Dois-je manquer à mou ami ? Dois-je violer un serment consacré par le nom d'Estelle ?
Estelle , affligée et surprise , n'ose prescrire à Némorin de manquer à sa jiromesse. Rose cbercliait des raisons , quand Hilaric souriant : C'est de moi , dit-il, de moi seul que dépend votre bonbeur. Écoutez , et rendez-moi grâce.
Il y a trois mois à peu près c|ue j'étais sur cette colline prenant des oiseaux au filet, quand le vieux Raimond votre père vint me prier de le conduire au vallon de Rémistan. Je (juittai mes appeaux ;