‹ ŒuvresChapitre 98 sur 128 · LIVRE IV. 2ol · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 2ol

mienne, et toutes deux seront un désert. Ah ! mon ami, mon bien-aimé, ne crains pas que je t'oublie; craignons plutôt... Tes terreurs viennent dépasser dans mon âme ; j'éprouve, comme toi, d'affreux pressentimens. Hier au soir, Foiseau de la nuit est venu sur ma fenêtre ; j'ai entendu ses cris funèbres jusqu'à la naissance du jour. r>Ion ami, mon doux ami... ah ! ne pars pas, reviens près de ma mère ,• nos larmes l'apaiseront : ne pars pas, mon cher Némorin ; reste avec la moitié de toi-même. Dis, mon ami; réponds-moi, réponds-moi : veuxtu ne pas partir ?

Rose entendit ces paroles, et se pressa d'arriver. Némorin allait consentir à ce que désirait Estelle. La sage Rose s'y oppose ; elle leur rappelle à tous deux la volonté de Marguerite, les bruits injurieux pour Estelle qu'occasionnait le retour de Némorin, le respect, l'obéissance qu'ils devaient à leur tendre mère, surtout la peine qu'ils lui causeraient.

Rose parlait , les amans pleuraient ; ils cédèrent aux raisons de Rose. Némorin se lève pour partir; mais Estelle le retient : elle lui donne un bracelet de ses cheveux, que le berger mit sur son cœur; puis, pressant ses lèvres sur la main d'Estelle, il prononce adieu, le répète encore, et ne peut se résoudre à se mettre en marche. Estelle aussi ré-

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pelait adieu , lui disait de partir, et ne retirait pas sa main. Enfin Piose les sépare; et, malgré les pleurs , malgré les cris de Némorin , elle entraîne la triste Estelle , qui retournait encore la tête , et s'arrêtait pour lui tendre les bras.

Le berger immobile la suivait des yeux. Il ne la vit bientôt plus ; alors , faisant vm efFort , il s'éloigne de la fontaine, et prend le cbemin de Lézan.

Ce fut prés de ce village que Némorin rejoignit son troupeau. Il poursuivit sa route vers Anduze, gagna les bois de Valory, et, dirigeant ses pas vers la Mélouze, il arrive, après dix jours, sur les bords du Galaison.

C'était là qu'il devait passer l'été. Son premier soin fut de chercher les pâturages les plus solitaires. Éloigné de tous les autres bergers, occupé de la seule Estelle , il s'enfonçait dans la montagne, il gravissait les rocs escarpés. Impatient de voir finir le jour , il parquait ses moutons bien avant la nuit, et se hâtait de se retirer dans sa cabane, espérant arriver plus vite au lendemain.

Il avait déjà vu le soleil se coucher dix-sept fois, lorsqu'un matin, absorbé dans sa triste mélancolie, il se lève avant l'aurore , et va s'asseoir sur une roche écartée.

L'aurore ne teignait point encore l'horizon; les étoiles parsemaient de feux brillans la vaste

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