‹ ŒuvresChapitre 99 sur 128 · LIVRE IV. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 2o

étendue des deux; la lune, sur son déclin, réfléchissait dans les ruisseaux sa lumière faible et tremblante; l'écho lointain des rochers répondait aux cris monotones des habitantes des marais; toute la contrée était couverte d'un voile sombre ; quelques vers luisans , errant ça et là , se distinguaient seuls dans l'obscurité.

Némorin, après avoir long-temps considéré ce calme profond qui augmentait sa tristesse , tourne ses yeux vers l'orient , et chante ces paroles : .

Du soleil qui te suit trop lente avant-courricre, Etoile du matin, fais briller ta lumière. Hélas! pendant la nuit, je désire le jour : Mais, dès que ses layons éclairent la contrée,

Je ne puis soivffrir sa durée

Loin de l'objet de mon amour.

Tout est calme, tout dort dans ces tristes montagnes : Les fidèles béliers sont près de leurs compagnes, D'elles, de leurs agneaux caressés tour à tour; Le ramier dans son nid paisiblement sommeille :

Moi seul je gémis et je veille

Loin de l'objet de mon amour.

Eh quoi ! sûr d'être aimé, certain d'imir ma vie Au digne et tendre objet dont mon arae est ravie, Le plus parfait bonb.eur m'attend à mon retour I Je me le dis en vain ; une terreur secrète

Me suit, m'agite, m'inquiète,

Loin de l'objet de mon amour.

Ainsi chantait le malheureux berger ; et la diligente aurore commençait à couvrir les montagnes de couleur de rose et d or. Némorin , jadis si sensible aux beautés de la nature , Némorin contemple sans plaisir le majestueux lever du soleil. Il retournait tristement à son troupeau, lorsqu'il aperçoit de loin une bergère qui venait vers lui. Son premier mouvement fut de fuir pour ne pas se trouver sur son passage : mais il croit reconnaître cette bergère , il s'arrête en la regardant.

Elle approche à pas lents, les mains jointes, l'air accablé de fatigues et de douleur. Némorin la considère : quelle est sa surprise en reconnaissant Rose!

Rempli de trouble et d'effroi, il se précipite vers elle , il voit des larmes dans ses yeux. Couvert d une pâieiu^ mortelle, la bouche ouverte, il n'ose pas lui demander le sujet de son voyage ; il attend en silence que Rose ait parlé.

Malheureux Némorin, dit-elle, je n'ai voulu confier à personne le triste devoir dont je viens m'acquitter. Estelle me l'a demandé ; Estelle a exigé de moi que je vinsse vous porter les dernières expressions de son amour, les derniers adieux de son cœur... Que dites-vous? s'écria Némorin : Eslelle ne vit plus!... — Estelle vit encore; mais elle est morte pour vous.

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