AVANT-PROPOS XV
intelligence avec les adversaires et l'union entre soi. Mais le Pape lui-même a vanté la justesse, la modération de cette lettre, et il loue Tarchevêque de Toulouse d'avoir compris que c'était là un parti plus « avisé, plus noble que de s'agiter dans le vide ou de s'endormir dans le bien-être coupable ».
Au reste, il ne faudrait point croire que ce libéralisme fût une politique de peur et de faiblesse. Ce n'était pas au Cardinal Mathieu qu'il fallait parler de défaite irrémédiable, de découragement ou d'une prudence qui eût été jusqu'à ne pas parler. Et peut-être que sur ce point — combien devons-nous le regretter — sa pensée a été mal connue. Il proteste qu'il ne faut point pousser les précautions jusqu'à favoriser nos ennemis. Il enseigne qu'il faut se défendre avec énergie par tous les moyens légaux et honnêtes que la loi prête ou reconnaît au citoyen. Le premier de tous ces moyens, ce sont les élections, ressource féconde dont il faut user ; c'est ensuite la presse et une sévère prophylaxie contre tout ce qui est capable de faire baisser le niveau moral des âmes. Non, il ne se taira pas. « Nous ne le pouvons plus, s'écrie-l-il, en présence des haines acharnées qui nous poursuivent et du travail qui se fait pour anéantir légalement l'influence de la religion dans le pays. » Et ailleurs encore : < Il y a
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un Lemps de parler el un temps de se laire. Il y a des obscurités à éclaircir, des malentendus à dissiper et des vérités essentielles que doivent dire coûte que coûte ceux qui ont reçu mission d'en haut pour instruire et guider les fidèles. »
Il est en effet d'avis qu'il ne faut point d'interventions intempestives et mal comprises. Il faut savoir agir et parler au moment convenable. Et pour cela deux choses sont nécessaires : du tact et le Cardinal n'en manquait pas, Dieu merci ! puis une certaine confiance dans l'avenir. C'est justement cette confiance dans l'avenir que n'ont pas ceux qui à tout propos, à temps et à contre-temps, protestent et s'insurgent. Ceux-là sont des timorés, des anxieux, et ils n'aboutissent à rien. L'archevêque de Toulouse ne les aimait pas et avec raison se défiait d'eux. « Ne vous etTrayez pas, mande-t-il à ses fidèles! Ne vous en laissez pas imposer...! Que votre foi ne se laisse pas ébranler ! Ne prenez pas l'attitude mélancolique de tant de catholiques effarés qui croient que tout est perdu et que le temple va crouler parce que tous les contreforts auxquels il s'appuyait ont été emportés par la Révolution. » 11 ne se déguise rien et ne s'abuse pas lui-même. Il sait que la situation est grave, qu'il y a un fléau qui monte de toutes parts, un ennemi invisible qui