‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 18 sur 95 · XX ■ AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XX ■ AVANT-PROPOS

pactiser, an mauvais sens du mol, avec l'ennemi. . Pactiser, lui ! Ah ! encore une fois qu'on le conuaîl mal et qu'on l'a }3eu lu ! Par exemple, quelle lettre clairvoyante autant que courageuse, il écrivait un jour à M. liambaud. ancien ministre de Tlnstruction publique :

« On dit que vous travaillez contre la rue des Postes et contre notre Saint-Sigisbert de Nancy. Vous aussi vous entrez en campagne contre Talliance du sabre et du goupillon, et vous croyez à la conspiralion du P. du Lac. de M. Cavaignac et de liochefort? Est-ce que la France n'est pas encore assez divisée, et faut-il (|ue le parti modéré, qui s'atTaiblit de jour en jour, mette contre lui tous les braves gens qui veulent une éducation chrétienne pour leurs fils? Vous avez une foule d'instituteurs qui prêchent le radicalisme dans les communes, une foule de professeurs cpii prêchent le scepticisme dans leurs chaires, et beaucoup de surveillants de lycées qui inquiètent à bon droit les familles. Voilà les ennemis de l'Université ! VoiLà le péril qu'il faudrait conjurer, tandis que vous vous inquiétez des élèves des Pères qui n'en peuvent mais, et qui ne sont pour rien assurément dans la crise très grave que traverse la France. »

Il l'adjure de ne pas mêler son nom à la cam-

AVAM-PROl'OS XXI

pagne qui s'ouvre contre ce qui reste de TKnseiment libre, car alors c'en serait fini de leur amitié, qui lui est pourtant si chère... Il faut tenir gré à Mgr Mathieu de ce sacrifice entrevu et accepLé, et s'en ressouvenir quand on veut juger d'autres de ses actes.

Cependant, juger ses actes ne saurait être ici notre tâche. Il en est qui disent ou insinuent que le Cardinal fut libéral jusqu'à l'excès, jusqu'au péril. Pour nous, nous ne pouvons le croire. Nous venons de voir ce qu'il était, ce libéralisme, à 1 élat de doctrine. Que dans la pratique il soit devenu dangereux, l'hislorien plus lard nous le dira, ce sera sa mission. Le moment nest pas venu d'étudier une à une dans cette vie les manifestations, les applications de cette àme libérale. Mais est-ce qu'il n'y a pas deux choses qui tout de suite empêchent de prêter foi à ce soi-disant péril : l'une, l'aboutissant., le résultat de cette magnifique idée qui était devenue de bonne heure toute la direction de cet homme ; l'autre, l'inspiration d'où elle émane, la source d'où elle jaillit et où elle s'alimente.

Le résultat, ceux qui ont approché le Cardinal l'ont constaté : ce fut de rendre possible son apostolat, et féconde son action sur les âmes. N'est-ce pas une aberration profonde que d'espérer toucher.

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