‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 19 sur 95 · XXII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXII AVANT-PROPOS

faire du bien, convertir et convaincre par la rigueur, rintransig^eance, Tautocratie intellectuelle? Il faul décidément se dire que ce sont là des voies par lesquelles on n'aboutit plus. Sans doute, les droits de la vérité demeurent les mêmes, éternellement imprescriptibles, sacrés et rigoureux ; mais comme on dit en langage théologique, c'est là la thèse. Or il faut à présent résolument prendre position dans l'hypothèse. Et d'ailleurs est-ce que la Vérité n'est pas aussi la Bonté et l'Amour ? Et si elle est tout cela en même temps, ce qui est bien, n'est-ce pas? le juste concept de Dieu, il est nécessaired'admettre que la Vérité ne peutpas ne pas tenir compte des changements survenus dans le milieu, de par l'éducation, de par les courants intellectuels et philosophiques, de par tout ce qu'on voudra. Il est urgent que nous nous dépouillions de tout ce qui serait, dans notre tempérament, résidu héréditaire de nos ancêtres les Inquisiteurs, tout autant qu'il faut nous défaire de ce qui est transmission janséniste.

Mais félicitons-nous ; les esprits les plus exigeants commencent à en venir aux concessions et à certains compromis. Malheureusement, pour que ceux-ci soient efficaces, il ne s'agit pas de se les faire arracher ou imposer de force. Sait-on jamais gré à quelqu'un de ce que la nécessité lui extorque ?

AVAM'-PROPOS XXIII

Il faut savoir, et il faut oser proposer de soi-même les concessions, dès là qu'on les juge opportunes... Est-ce ainsi qu'a agi l'évêque d'Angers, l'archevêque de Toulouse, le Cardinal de Curie ? Nous ne le savons. A l'hisloire de nous en instruire. Seulement, ce qu'on a pu voir, c'est la sympathie dont il jouissait auprès d'ennemis avoués de la vérité catholique; c'est le crédit qu'on lui reconnaissait dans des cercles qui, sans haïr l'Eglise, aiment qu'elle soit indulgente à ceux qui, par malheur ou même par leur faute, ne pensent plus entièrement comme elle. Discrètement, mais à coup sûr, il usait de cette sympathie et de ce crédit. Il en usait pour convertir. Nous voudrions que parmi ceux qui ont réprouvé son libéralisme, il y en eût beaucouj) dont on pùl dire cela : qu'ils ont converti...

Quant aux sources où le Cardinal puisait celte largeur d'idées et cette condescendance pour ceux qui pensaient autrement que lui : le Pape lui-même les indique et les souligne dans la lettre qu'il lui écrivit pour le remercier du fameux mandement de carême 1897 ; et nous les insinuions tout à l'heure : sa clairvoyance et son dévouement venaient de sa foi religieuse et de sa foi patriotique.

XXIV AVANT-PROrOS

La lecture des Lettres pastorales est sur ces deux points fort suggestive. Elles nous renseignent abondamment sur ce qu'était la religion du Cardinal. Nous V trouvons sa doctrine sur le Pape, rÉsrlise. les Saints et aussi sur LEucharistie dont on a dit dans LOraison funèbre prononcée à Nancy aux funérailles, le 30 octobre 1908, qu'il était <i le martvr volontaire ». Le Pape et l'Eglise, est-il dit dans ce même discours, furent les deux grandes causes qui se partagèrent sa vie.

L'Ealise ! Elle est la Jérusalem céleste doîi descendent vers nous la paix et l'espérance qui nous consolent du présent par les radieuses visions de l'avenir. Elle est la cité bâtie de pierres vivantes et dont les murailles s'élèvent, à travers les siècles, toujours plus hautes, plus belles, plus retentissantes du doux cantique des rachetés... Elle est cette cité dont nous avons un pressant et irrésistible besoin au milieu de ce monde de misères, de crimes et d'isrnorances, où retentissent les cris de la douleur et les imprécations de la haine. En elle seulement notre génération inquiète, tourmentée d'un mal mystérieux et déçue au sein de la civilisation matérielle la plus brillante, trouvera l'apaisement et la lumière. D'elle seule, de son influence peuvent venir pour les générations futures la trêve aux

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