‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 23 sur 95 · AVANT-PROPOS XXIX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XXIX

bras ouverts. Alors il oubliait sa dignité pour ne laisser voir en lui qu'un « ami », et « sa demeure était comme une petite enclave de France située en pays romain ». C'est qu'en effet la France pour lui n'était point seulement une expression géographique désignant le plus beau pays de l'Europe, elle n'était pas seulement le sol qui l'avait vu naître, le soleil qui l'éclairait, l'horizon qu'il avait contemplé dès son enfance. Elle était plus que tout cela : elle était la Patrie! une personne morale rendue « mille fois sacrée et chère au cœur » par son histoire, ses grandeurs passées et ses infortunes récentes ; une « vieille mère malade et blessée au service de ses enfants ».

Nos « infortunes récentes » vivaient en son âme, poignantes et âpres comme une plaie saignante que rien ni personne n'est venu panser. Ces lamentables malheurs de la triste guerre de 1870, il les remémore souvent, avec le même accent endeuillé chaque fois. Il ne pouvait se dérober à ce souvenir. Il fallait qu'il l'évoquât, qu'il fît surgir de l'oubli « ces troupes qui partaient en chantant, cet enthousiasme presque universel, ces grandes espérances qui emplissaient les cœurs, qui mouillaient les yeux, qui poussaient à l'avance des cris de victoire... Et les horribles déceptions qui suivirent ». Il tra-

C' Mathieu C

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