‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 26 sur 95 · DISCOURS ACADÉMIQUES · texte numérisé non relu

DISCOURS ACADÉMIQUES

Lettre pastorale et mandement de M;/r l'évêque d Angers,

à l'occasion de la prise de possession de son siège

(19 mars 1893).

François-Désiré Mathieu, par la grâce de Dieu et l'autorité du Saint-Siège apostolique, évêque d'Angers.

Au clergé et aux fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction apostolique en Xotre-Seigneur Jésus-Christ.

Nos Très Ghers Frères,

Il y a des évêques auxquels on succède , mais que personne ne remplace dans l'admiration du peuple chrétien. Tel était l'incomparable prélat que l'Eglise d'Angers pleure depuis plus d'un an. et dont nous venons occuper le siège, au nom de Jésus-Christ et de son Vicaire, avec la pleine conscience de notre faiblesse et de notre indignité. Nature d élite que la grâce de Dieu et le travail j)ersonnel avaient merveilleusement déve-

C"' .Mathieu. 1

loppée, serviteur passionnément dévoué de lEg-lise et de la France, j)uissant en œuvre et en parole^, théologien savant, orateur sacré et orateur politique de premier ordre, à la fois homme de tradition et homme d initiative, notre illustre prédécesseur avait conquis, dans son diocèse et au dehors, toute l'autorité que peuvent donner la dig-nité du caractère, l'éclat du talent et la g-randeur des services rendus. Aussi, N. T. C. F., son nom était-il honoré dans tout notre pays et jusqu'aux extrémités du monde catholique, et comme vous étiez fiers du grand reflet de gloire qu'il jetait sur vous ! Quand l'Évêque d'Angers parlait, la France entière prêtait l'oreille, les catholiques applaudissaient à des revendications qui soulageaient leur conscience, et ses adversaires eux-mêmes étaient forcés de rendre hommage à l'élévation de sa pensée et à l'ardeur de son patriotisme. Pendant vingt ans, chaque blessure infligée à l'Eglise lui arracha une protestation éloquente ; chacun des grands intérêts de la France fut défendu par lui avec une compétence et une autorité universellement reconnues ; personne ne souffrit plus que lui de nos malheurs, et quand sonna, pour sa province natale, l'heure du déchirement suprême, la pauvre Alsace entendit gémir son inconsolable douleur dans la voix du plus grand et du meilleur des fils qui pleuraient sur sa destinée.

Si l'orateur, l'écrivain, le polémiste appartenait à la France entière, si l'homme politique représentait un autre d éjartement que le vôtre et pouvait être discuté,

\ Luc. XXIV, 19 : » Poiens in opère et sennone ».

l'RISE DE POSSESSION 3

le pasteur était k vous seuls, N. T. C. F., et c'est vous surtout qu'il a nourris de sa doctrine excellente, édifiés par ses vertus et servis par les créations de son zèle. C'est vous surtout qui le regrettez et qui répétez en son honneur l'éloge que fait l'Egalise du glorieux saint Martin, votre voisin : 0 viriirn ineffahileni qui nec jnori limuit nec vivcrc rccusavit! « 0 homme extraordinaire qui n'a redouté ni les fatigues de la vie ni les menaces de la mort ! » Elle est venue trop tôt j)our vous et trop tôt pour l'Eglise. Elle est entrée à pas furtifs dans le champ où travaillait le grand moissonneur, et l'a couché brusquement sur sa gerbe magnifique. Après avoir semé dans les fatigues et dans les larmes, il est allé présenter au Seigneur ses mains pleines d épis mûrs. Tout en continuant à invoquer la miséricorde divine pour le défunt, croyons, N. T. C. F., qu'il est entré déjà dans l'allégresse du Maître qu'il a fidèlement servi, en faisant valoir les talents d'or confiés à sa bonne volonté,

(jui suis-je, N. T. C. F., pour diriger après lui la grande famille qu'il a laissée orpheline ? Bien peu de chose quand je me considère, et beaucoup moins encore quand je me compare à ce modèle désespérant, à son prédécesseur Mgr Angebault, de douce et sainte mémoire, et à tant d'autres Prélats auxquels le siège d'Angers doit sa gloire. C'est pourquoi, N. T. C. F., je sens si vivement le besoin du secours de Dieu, et je ne cesse de lever les yeux vers les montagnes d'où sa grâce descendra '

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