PRISE DE POSSESSION
grandes manifestations de la vie chrétienne au moyen âge, la parure de monuments dont ils ont décoré les vallées de la Loire et de la Maine, vos pèlerinages, votre dévotion à la Très Sainte Vierge, attestent quelles racines profondes l'arbre planté par vos premiers évêques avait jetées sur votre sol, et quelle sève puissante circulait dans ses branches. Il \' a près de cinq siècles qu'un prince aimable et brillant a fait connaître et bénir en Lorraine le nom de l'Anjou. C'est ce bon duc René, dont la postérité a survécu dans la dynastie si populaire qui régnait à Nancy et qui occupe aujourd'hui le trône impérial d'Autriche. Son petit-fils a sauvé l'indépendance de la Lorraine contre Charles le Téméraire. Ses arrière-petits-fîls, sous le grand nom des Guise, ont repris Calais aux Anglais, défendu Metz contre Charles- Quint, et sauvé la foi catholique en France. Puisse l'humble Prélat, qui vous arrive de Lorraine, rencontrer en Anjou, à cause de ces souvenirs, quelque chose de la .sympathie qui accueillit à Nanc}' le prince qui venait d'Angers !
Malgré les faiblesses de sa vie privée, le bon duc René personnifiait les meilleures qualités de votre race : la foi sincère, la vivacité d'esprit, la douceur du caractère et le culte des arts. Vos ancêtres ont gardé tous ces dons excellents à travers les vicissitudes des trois derniers siècles. Ils ont traversé les séductions de la Renaissance sans devenir païens, et la terrible crise des guerres de religion sans tomber dans l'hérésie. La véritable réforme s'est opérée chez eux comme dans le reste de la France, non point par la violence et le schisme, mais par l'effort
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méritoire de 1 l{ii;lise sur elle-même et par 1 admirable éclosion de vertu et de talent qui a marqué le g-rand siècle. L'Anjou a résisté à cette hérésie sombre et dure, qui jurait avec son caractère autant qu'elle affligeait son orthodoxie. Ni l'austérité des mœurs, ni les violences des parlementaires n'ont réussi à lui imposer le jansénisme, et il avait gardé l'intég'rité de sa foi lorsqu'arriva le grand bouleversement dont la France n'est point encore remise. C'est alors que vos ancêtres sont entrés dans l'histoire moderne par la porte d'honneur. Les fautes des hommes et les insondables desseins de Dieu avaient préparé la chute d'un régime plus respecté chez vous qu'ailleurs, car les deux premiers ordres de l'Etat y pratiquaient mieux les devoirs que supposaient leurs privilèges. La Constituante, commettant sa faute capitale, décréta la Constitution civile du clergé. Sous les Assemblées suivantes, les violences succédèrent aux décrets, et vos pères, blessés dans leurs croyances les plus chères, commencèrent la Guerre des géants. Souvenirs de deuil et d'éternelle gloire, devant lesquels un compatriote de Stofflet ' ne peut que s'incliner, avec l'admiration ([ue tout chrétien doit aux martyrs et que tout Français doit aux héros. La justice impartiale est venue pour eux. Le temps a calmé les passions et dissipé les malentendus qui séparaient les belligérants. La conscience publique a llétri les proconsuls qui s'érigeaient en bourreaux, et notre généreux pays rend hommage aux paysans qui sont tombés pour leur foi dans les
J. Stofllet est né à Bathlémont, près Lunévilio, dans lo drpartemcnl de Meurthe-et-Moselle.
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champs dAvrillé et d'Yzernay, comme à ceux qui ont promené son drapeau a travers le monde. Quant au chrétien. \. T. G. F., en priant dans vos champs des martyrs, il honore les sauveurs de la relig-ion en France ; car, si la politique de la Vendée a été vaincue, sa foi a triomphé. Toutes ces victimes innocentes ont crié grâce pour notre pays. C'est le courag-e déployé pour la défense des autels qui a sug-géré au premier Consul l'idée de les relever, en lui montrant la puissance et la persistance du sentiment chrétien en France. C'est donc à vos pères ([u est due la grande renaissance religieuse du .MX*" siècle. Il était juste qu'elle se manifestât chez vous avec plus d éclat que partout ailleurs, et que la plante refleurit plus vivace à l'endroit même où elle avait été arrosée d'un sang si généreux. C'est ce qui est arrivé et, avec plus de raison encore qu'un de nos prédécesseurs ', nous pouvons dire : « C'est à la Providence que nous devons « l'honneur d'être placé à la tête de cette illustre église, « une des plus anciennes, des plus éclairées et des plus " vertueuses de cet empire. »
Un peuple, resté croyant au milieu de l'impiété contemporaine ; un clergé admirable par ses lumières et par son dévouement, préparé au ministère suivant la méthode et les grandes traditions de Saint-Sulpice ; des religieux contemplatifs, fidèles à l'esprit de saint Maur et de l'abbé de Rancé ; des religieux actifs, se vouant avec le zèle le plus méritoire ef le plus heureux à toutes les œuvres de l'apostolat; de nombreuses congrégations de femmes, pratiquant toutes les formes du dévouement