PRISE DE POSSESSION
lui avaient été jusque là le plus hostiles. Des projets de réunions s ébauchent dans l'Orient schismatique, et ne peuvent qu'être favorisés par le prochain Congrès eucharistique de Jérusalem. Un évèché catholique vient d'être établi en Norvège. A Londres, le lord-maire est, cette année même, un catholique pratiquant et, dans les plus hautes classes de la société anglaise, se continue le mouvement de conversion inauguré, il y a un demi-siècle, par les Newman et les Faber.
En France même, malgré toutes nos causes de tristesse, que de symptômes consolants ! que d'âmes élevées sont travaillées du même malaise et des mêmes inquiétudes qu'Augustin avant sa conversion ! que de demicroyants errent autour du temple, auxquels il ne faudrait qu'un peu de courage pour y entrer ! Est-il téméraire de penser que nous marchons vers une crise salutaire qui convaincra tous les hommes de bonne foi de la nécessité sociale du christianisme?
(^ue vous dire, N. T. C. F., de ces fêtes jubilaires qui viennent de se célébrer à Rome et dont nous avons été le témoin ému? Vous savez, en effet, qu'à peine étionsnous désigné pour devenir votre évêque, nous avons voulu aller chercher la bénédiction du Pasteur suprême et prier pour vous au tombeau des Saints Apôtres. Nous assistions à cette belle cérémonie du 19 février dernier, où l'Eglise militante offrait vraiment une image anticipée de la cité i-adieuse que peuplent les élus et que l'Eternel illumine de sa gloire. Nous avons vu Sa Sainteté
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Léon Xlll arriver, sur la Seclin (jcslaloria, tlans la plus va-ste église de la chrétienté, qui n'avait point suffi à contenir les fidèles accourus de tous les points du monde. Cette apparition du Pontife que la dignité suprême, que làge, la captivité et le génie couronnent d'un tel prestige ; l'immense acclamation qui l'accueillit et qui, au fur et à mesure qu'il avanc^-ait, redoublait, en se prolongeant comme un bruit de tempête, sovis les voûtes de la basilique ; la suite imposante de la cour pontificale, les quarante cardinaux, les deux cents évêques, les ambassadeurs de tous les pays rangés derrière l'autel ; cette messe, célébrée sur le tombeau du Prince des Apôtres par son deux cent cinquante-septième successeur, les souvenirs de dix-huit siècles d'histoire planant sur l'assemblée ; cette ligure pâle et ascétique, où se lisaient toutes les émotions de la prière ; ces voix graves qui montaient du transept vers la coupole, d'où descendaient des voix d'enfants invisibles, comme un chœur de bienheureux répondant aux soupirs de la terre ; ce Te Dciun chanté par soixante mille personnes, cette bénédiction qu'à la fin de la cérémonie le Saint-Père répandit sur la foule d'un geste si majestueux, à côté de la statue de bronze qui personnifie la Papauté indéfectible : toute cette scène incomparable nous apparaissait comme une traduction magnilique du Tu es Petrus, et comme la réponse victorieuse de Jésus-Christ à l'enfer conjuré contre son Vicaire. Rien ne ressemblait moins à des funérailles : le soleil dorait les chapiteaux de la grande nef ; il y avait dans les âmes, comme dans l'air, un soufïle de printemps, et les trompettes d'argent, qui