Épître aux Philip., m
2fi (Kl'VRKS l'.VSTDK.VLKS DU CARDINAL MATllIEL"
s'applique en particulier à chaque àine lidèle : « G est « une étraniJi-ère que rien n'attache, que rien ne contente, « qui reg-arde tout, en passant, sans vouloir jamais sar- (( rèter, heureuse néanmoins dans cet état, tant k cause (f des consolations qu'elle reçoit durant le voyag'e qu'à « cause du glorieux repos qui sera la fin de sa course. »
L'étrang-ère correspond avec son pays par la prière et par les sacrements. C'est une exilée qui n'est point abandonnée et qui reçoit do la patrie, vers laquelle elle s'achemine, des messages d'amour et des secours abondants. De la Jérusalem céleste, que nous travaillons à conquérir, des souffles embaumés descendent vers la vallée de larmes que nous traversons en gémissant et en pleurant. D'ailleurs, nous ne cheminons point tout seuls. A côté de nous, avec nous, mêlé k nos rangs comme un frère et un ami. marche le compagnon mystérieux qui conversait avec les disciples d'Emmaiis attardés sur la route et relevait leur courage abattu en leur expliquant les Ecritures. Ils ne l'avaient point distingué d'abord k travers les ombres du crépuscule, mais ils le reconnurent k la fraction du pain et k la sainte ardeur qu'il alluma dans leurs cœurs attristés. C'était Jésus, le ^lessie même dont ils doutaient ! Il n'a point quitté cette terre et il y réside toujours, comme un Sauveur caché, par sa parole qui nous éclaire, par son Esprit qui nous régénère et nous communique sa vie divine, et particulièrement par le sacrement auguste qui fait de sa chair notre nourriture et de son sang notre breuvage. Qui de vous, N. T. C. F.,
SUR l'esprit chrétien 27
n'a g-oùté une fois les charmes de son intimité? Ne vous souvenez- vous pas tous du jour rayonnant oi^i il est entré dans vos âmes pour la première fois, de votre pureté, de votre enthousiasme, de vos promesses qui voulaient être éternelles et du sentiment profond que vous aviez de sa présence et du ])onheur qu'elle vous causait ? Ah ! ce jour-là, vous croyiez au ciel, parce que vous le portiez dans vos cœurs parfumés d'innocence ! Que vous importaient alors les faux biens, sous la fascination desquels vous g-émissez aujourd'hui ? C est Dieu seul qui suffisait à vos désirs et qui les comblait. C'est avec ce Dieu, caché sous les voiles de l'hostie, que vous vous entreteniez comme s'entretiennent deux amis séparés par un mur de prison qui ne fait qu'augmenter leur tendresse. Vous aviez faim et soif de le voir à découvert, et vous répétiez à votre manière le g-rand cri de saint Paul : Dissolvi et esse eu m CJiristo ' ; « Je veux mourir pour èt're avec le Christ. » Ah ! vous possédiez alors l'esprit chrétien dans sa fleur. Depuis, vous avez douté du ciel, vous avez cru aux mensonges du plaisir ou de la gloire, et vous avez jeté à tous les vents du siècle les trésors de votre adolescence pure. Avouez aujourd'hui que vos douze ans avaient raison contre les passions de votre jeunesse et contre la fausse sagesse de votre âge niùr. l{efiites-vous enfants par le repentir et la docilité de la foi, a(in que la g-rande espérance apportée au monde par Jésus-Christ refleurisse dans vos cœurs desséchés, dissipe les illusions qui vous per(U^nt et vous aguerrisse contre la mort (jui approche !