‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 48 sur 95 · DES PROCESSIONS DE LA FÊTE-DIEU · texte numérisé non relu

DES PROCESSIONS DE LA FÊTE-DIEU

puis une première grand'messe suivie de Tierce. A six heures précises, sur rordre du juge de police, commençait le défilé des douze torches qu'on avait apportées la veille au soir dans la nef de la cathédrale. Ces torches, espèces de tours carrées, ornées de colonnes, de festons, de corniches, au-dessus desquelles on plaçait des vases de fleurs et des girandoles de lumières, étaient devenues si pesantes au xviii'" siècle, qu'il fallait quatorze et même seize hommes pour porter chacune d'elles. Au dedans, des « histoires » de l'Ancien et du Nouveau Testament étaient représentées par des tîg-ures de cire de grandeur naturelle, qu'on variait tous les ans. Ces sortes de monuments étaient fabriqués et payés par les corps de métiers, qui en étaient très fiers.

Quand Mgr Lepelletier voulut les supprimer au commencement du xviii'" siècle, pour épargner aux ouvriers des dépenses qu'il jugeait excessives, il y eut de la part des artisans de telles récriminations qu'il dut maintenir l'usage.

Il y avait la torche des boulangers, des bateliers, des savetiers, des portefaix, des l:»ahutiers. des cordiers, des corroyeurs, des selliers, des tanneurs, des cordonniers, des poissonniers et des bouchers.

Après la torche des bouchers marchait un criciir de patenôtres, portant un chapelet au cou, et, au haut de sa torche, une sonnette cju'il agitait de distance en distance.

Ensuite venaient, dans un ordre minutieusement réglé, tous les corps de métiers, le chapeauau poing. Lchoreau, maire-chapelain de l'église d'Angers, compte (/uatre-

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vingt-quatre professions différentes, qu'il énumère dans son Cérémonial. Les absents, qui n'avaient pas une excuse légitime, étaient punis d'une amende.

Derrière ces corporations d'artisans, s'avançaient les g-ens de professions libérales : les administrateurs des hôpitaux, les employés de la Monnaie, les juges et consuls des marchands, en robes de cérémonie; les notaires, en robes d'avocats, avec leurs clercs pour portequeue ; les basochiens et les clercs de velours, les greffiers, les avocats et les médecins, en robes noires, l'Université, les juges des Traites, les présidents, les lieutenants, les élus et les officiers du Grenier à sel, avec les présidents, juges, lieutenants, assesseurs et conseillers à la Prévôté; les maire, échevins et officiers de la judicature, de la sénéchaussée et siège présidial.

Tous les habitants payant maîtrise et faisant partie d'un art ou métier, tous les fonctionnaires et personnes en charge étaient tenus de porter un cierge à la main. Ce cierge, long de ,> mètres, était formé d un bâton de bois blanc, cannelé à mi-hauteur et recouvert de cire blanche. Un de ces cierges se trouve à notre musée diocésain.

En tète de chacun de ces groupes, le plus jeune de la Communauté portait un guidon attaché au sommet d'une torche, sur lequel était peint le patron ou l'insigne du corps. Les poissonniers, par exemple, avaient un filet plein de gros poissons; les meuniers, un moulina vent; les couvreurs, un clocher sur lequel grimpaient des figures en cire, etc.

Le corps de ville était précédé de tambours et de trompettes.

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Chaque corps pouvait se faire précéder de telle ou telle symphonie qu'il lui plaisait de choisir.

La maréchaussée défilait k cheval. Le régiment de cavalerie d" Angers, parfois celui de Saumur, venaient se mêler à la maréchaussée, qui, souvent, tenant à briller seule, ne permettait pas à la troupe de se joindre au cortège. Alors les cavaliers non inscrits au cérémonial se contentaient d'attendre le Saint-Sacrement, pour lui présenter les armes.

Après les laïques, venaient les religieux, précédés de leurs croix, que portaient des moines en dalmatiques, entourés dacolytes en aubes.

Puis les chanoines des neuf chapitres secondaires de la ville, en chapes, avec leur cortège de croix, de portecroix, de bedeaux, d'acolytes couronnés de fleurs, d'évangéliaires, etc.

C'était enfin le tour du chapitre de Saint-Maurice, avec ses chapelains en chapes et en chasubles, ses appariteurs, ses dignitaires en dalmatiques, et ses dix enfants de chœur couronnés de fleurs. Le doyen, en robe rouge, prenait une chasuble comme TÉvêque : l'un et l'autre portaient en même temps, sur leurs épaules, le soleil, où était renfermé le Saint-Sacrement. Derrière le clergé marchaient MM. les gouverneurs et lieutenants de la province, ville et château, entourés de leurs gardes, et le prévôt provincial, suivi de ses archers qui fermait le cortège.

Le défdé commençait à six heures du matin, mais il y avait une telle foule d'artisans de toutes sortes, et toutes ces corporations étaient si jalouses de leur rang

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que le juge de police ne parvenait que très lentement à dégager, dans l'ordre voulu, la nef et les abords de la Cathédrale. Il fallait trois heures pour cette opération, et neuf heures sonnaient au clocher de Saint-Maurice, quand 1 Evêque sortait de l'église. Il marchait sous un dais, en portant, avec le doyen, le brancard richement orné où reposait la sainte liostie.

Les chants se mêlaient au bruit des musiques, qui précédaient les corps de métiers. La procession suivait la rue de l'Evêché, la rue Baudrière, le pont, la rue de la Trinité, où certains groupes se rangeaient pour laisser passer, dans la rue de la Censerie, le reste du cortège, qui entrait un moment dans l'église du Ronceray : les sœurs et le clergé chantaient quelques motets au Saint Sacrement. Sur tout le parcours, dit Lehoreau, « les rues sont tapissées des deux côtés et couvertes, au-dessus, de toiles cousues les unes aux autres ». Et le bénédictin Roger, dans son Histoire d'Anjou : « Les rues par où passe la procession doivent être tendues et parées de riches tapisseries, et couvertes, en haut, de lineux ou linges blancs très propres et nets. »

En sortant du Ronceray, le cortège se rend au Tertre; au passage, les musiques et symphonies qui sont sur le rempart saluent le Saint Sacrement; l'on expose lamonstrance sous l'un des arceaux de la chapelle de Notre- Dame de Pitié, ornée de tapisseries et de cierges blancs. Après quelques motets, les dignités quittent leurs chapes pour aller prendre quelque réfection ; car il est près de midi et tout ce monde est en cérémonie depuis cinq heures du matin.

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La foule se groupe devant la chapelle du reposoir du Tertre, autour dune chaire en pierre, rebâtie en 1409, sur la tombe de Pierre du Fay. Il paraît bien que, dès le XI'' siècle, une chaire en pierre existait déjà au même endroit de ce cimetière ; car c'est là que prêcha le Pape Calixte II, après avoir consacré en 1119 l'église du Ronceray : Papa vero postea tumham, quse est in csemcter'io sancli Laureniii, ascendi/, ibiqiic populo verbo Doinini paulo refecto, etc.. Le prédicateur de l'octave du Saint Sacrement à la cathédrale monte sur cette chaire et tait un sermon.

Ensuite, la procession revient à Saint-Maurice, par le même chemin et dans le même ordre que précédemment. Mais le Saint Sacrement, au retour, est porté non plus par l'Evèque et le doyen, mais par deux autres dignitaires. Alors l'Evêque chante une messe pontificale très solennelle. Cette messe ne commence guère avant trois heures. En 1717, elle se termina à quatre heures et demie du soir. La messe achevée, l'Evêque, toujours a JEUN, entonne Sexte, qui se termine ordinairement vers cinq heures du soir.

A cinq heures doit commencer None] mais « on donne le temps à l'Evêque, au doyen, comme à tout le chœur fatigué, de se ralfraischir, dit Lehoreau, car rien n'est plus fatiguant que ce jour. »

Après None, l'Evêque entonne les secondes vêpres, suivies des complies.

« En 1710, il était près de huit heures quand on Unit compiles, à cause des contestes des compagnies laïques pf)ur la inarclie. »

o2 UJLVHliS l'ASTORALKS IJL" CAKlJl.VAL MATIIIEL"

Madame de Sévigiié admirait beaucoup lénergie dont faisait preuve, en cette rude journée, le vieil évêque Henri Arnaud. Elle écrivait, le 8 juillet IGS'i : « Mon tils ma conté des merveilles de M. d'Angers; il a quatrevingt-huit ans : il porta le Saint Sacrement sur ses épaules, le jour de la fête ; la procession est dun grand quart de lieue, il chanta tout de suite la grand'messe et ne mangea quà quatre heures. Tout le monde est en admiration du miracle visible qui le soutient : forza non ha. rna V animo non manca; tous les ans, c est un nouveau prodige. »

La procession attirait à Angers une foule énorme de villageois qu'on appelait les cousins du Sacre. Dans les jours de l'octave, les paroisses et chapitres faisaient leurs processions particulières. « Durant les octaves du Sacre, dit Bruneau de Tartifume ', il n\ a à Angers que réjouissances, bonnes chères, promenades, accueils et démonstrations de bonne volonté, faictes à ceux qu'on appelle cousins du Sacre. »

Les douze grosses torches, qui restaient exposées toute Tannée dans l'église Saint-Eutrope fplace de l'Esvière), attiraient surtout Fattention des paysans. Puis, quel magnifique spectacle que ce défilé de \o ou 16.000 hommes de toutes les classes et de toutes les conditions-, groupés par corporations, précédés des musiques, des guidons et des insignes du corps, tous les maîtres et les fonctionnaires tenant chacun en main

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