DES PROCESSIONS DE LA FETE-DIEU OO
du monde civilisé, Teffraie par les insanités qui s'y débitent autant que par les crimes qui s'y commettent. Quand le cœur de Jésus est abreuvé de pareilles amertumes, nest-ce pas le moment de lui donner des preuves éclatantes de l'amour qui console et de pousser vers lui les grands cris de la prière qui sauve? Quand les reg-ards de Jésus sont affligés de pareils spectacles, ne faut-il pas les réjouir par toutes les démonstrations du dévouement et de la fidélité ?
0 chère ville d'Angers, ville croyante, aimable et hospitalière par excellence, déploie donc toutes les richesses de ta piété et toutes les élégances de ton goût, pour plaire au Dieu qui, dans quelques semaines, sortira de son tabernacle et daignera traverser tes rues 1 Ville des fleurs, jette-les en abondance sur son passage et suspend-les en guirlandes parfumées sur sa tête ! Que tes mansardes rivalisent de bonne volonté avec tes palais pour se décorer en son honneur? Que toutes prospérités descendent sur tes fils avec sa bénédiction ! Que devant Lui tous les fronts s'inclinent, toutes les dissidences se taisent et que pas une voix discordante ne trouble l'hymne d'amour qui, depuis sept siècles, monte vers Lui, à pareille époque, des profondeurs de ton âme ravie de sa bonté ! Ville d'Angers, puisses-tu ressembler, ce jour-là, à cette cité sainte, à cette Jérusalem nouvelle que le Prophète a vu descendre du ciel, parée comme une fiancée qui attend son époux, l'Epoux immortel qui dispose des bénédictions du temps et des récompenses de l'éternité !
Donné a Angers, sous notre seing, le sceau de nos armes et le contre-seing- du Secrétaire général de l'Evêché, le 14 avril de l'an de grâce mil huit cent quatrevingt-quatorze.
Lettre de Mgr VÉvêque au clergé du diocèse d'Angers
concernant l'érection d'un monument
à Mgr Freppel.
Messieurs et chers Coopérateurs,
Le moment me paraît venu d'accomplir un grand acte de justice et de reconnaissance. Il y a trois ans que Mgr Freppel est mort, et il attend encore un monument qui perpétue le souvenir de son épiscopat, dont aucun autre, en ce siècle, n'a surpassé la gloire. Vous n'ignorez pas les causes trop légitimes de ce retard : la vente des biens de la mense, les embarras de toutes sortes qui en résultèrent et la crise redoutable que traversèrent les établissements diocésains pendant la longue vacance du siège. MM. les Vicaires capitulaires estimèrent très sagement que la meilleure manière d'honorer l'illustre défunt, c'était de sauver ses fondations par de prompts sacrifices. Les catholiques d'Anjou répondirent à leur appel avec un élan admirable, et le magnifique héritage nous est arrivé intact ; mais, depuis que nous sommes venu le recueillir, nous avons été occupé, nous aussi, à poursuivre cette œuvre de préservation et de consolidation qui n'était point terminée. Grâce à Dieu et aux nouvelles générosités de nos chers diocésains, nous espérons avoir réussi; et, il y a quelques semaines, les héritiers de
oS ŒUVKKS I\\SI0U.\IJ:S du cardinal MATIIltU
Mgr Freppel, que nous ne pouvons assez remercier de leur dévouement, remettaient les vastes immeubles où sont installées nos Facultés catholiques, à une Société anonyme, qui en garantira la propriété contre les vicissitudes aux([iielles elle était exposée.
Maintenant que nous sommes plus rassurés sur l'avenir, il me semble que nous ne pouvons dilFérer plus longtemps l'hommage solennel que le diocèse d'Angers doit au prélat dont il était si justement fier. Je ne vous rappellerai point les titres qui recommandent sa mémoire à des honneurs exceptionnels. Toute la France les connaît comme vous. Car Mgr Freppel ne ressemblait en rien à ces prétendues célébrités qui encombrent les places publiques depuis quelques années, qu'on inaugure aujourd'hui en marbre ou en bronze, et dont la statue seule apprendra, demain, l'existence au voyagevn^ surpris. Entré dans la gloire de son vivant, il gardera sa place éminente dans l'histoire religieuse du xix*" siècle. Il est de ceux dont le nom vivra de génération en génération^ et que le livre de l'Ecclésiastique nous recommande de louer parce qu'ils se sont rendus célèbres en commandant au peuple, en distribuant les paroles de salut, en exposant la poésie des Ecritures et la beauté des choses saintes. Laudemus viros gloriosos .'
11 est temps d'accomplir ce devoir de la louange à l'égard de mon illustre prédécesseur. Il est temps qu'un monument digne de lui, digne de l'Anjou, de la Bretagne et de l'Alsace , digne de la France catholique tout entière, s'élève en son honneur dans la vieille cathédrale où il se repose de tant de beaux combats livrés pour
d'l:.\ \io.nl'.mi:nt a m"'' freppel "it)
Dieu et pour la sainte Église. Qu'il revive sous le ciseau de quelque artiste inspiré ! Que ses diocésains croient le revoir et l'entendre encore, et que ses traits, comme ses œuvres, arrivent jusqu'à ime postérité lointaine !
Les ressources matérielles ne sauraient nous faire défaut. Je suis bien assuré de votre concours et de celui de tous ces chrétiens d'élite qui n'ont cessé de seconder ses grands desseins. J'espère que les simples fidèles, c[ue les pauvres eux-mêmes entreront dans notre pensée, et que beaucoup de petites olFi-andes nous viendront de tous les points du diocèse que Mgr Freppel a parcouru tant de fois, en semant, avec sa grande parole, les bienfaits de son ministère sacré. Aimons à croire aussi qu'en entendant notre appel les électeurs du Finistère voudront honorer de nouveau le député qui les représentait si brillamment ; que l'Alsace n'oubliera point le plus illustre de ses fils ; ([ue beaucoup de laïques et de prêtres excellents qui, de tous les points de la France, lui témoignaient des sympathies ardentes, tiendront à envoyer, avec leur obole, un dernier hommage au défunt; que les membres de nos assemblées délibérantes se rappelleront le collègue dont tous les partis reconnaissaient l'éloquence et le patriotisme, et qu'avec le concours de toutes ces bonnes volontés, nous érigerons bientôt, dans notre cathédrale, une œuvre d'art qui consacrera le souvenir d'un grand évêque, et portera jusqu'aux siècles à venir l'éclatant témoignage de la piété de ses fils et de l'admiration de ses contemporains.
Lettre pastorale sur la prière et Mandement de Carême pour l'an de grâce 1895.
Nos Très Chers Frères,
L'année dernière, à l'entrée de la sainte Quarantaine, nous vous entretenions de l'esprit chrétien. Nous aous avons montré que la vie présente n'étant qu'une épreuve, il nous est interdit d'}- enfermer nos espérances, et qu'au contraire nous devons travailler à nous en détacher, lutter sans cesse contre les influences qui nous abaissent et monter, par un essor continu de toute notre âme, vers la destinée supérieure dont il a plu à Dieu de nous imposer la gloire et le bienfait.
Or, le premier effet de l'esprit chrétien, dans un cœur qui en est pénétré, c'est d'y produire la prière ; et la même révélation , qui nous apprend la grandeur de notre fin, nous enseigne que nous ne pouvons l'atteindre sans demander humblement à Dieu un secours qui nous élève au-dessus de notre nature. C'est pourquoi la prière est l'essence du christianisme ; et quand des sauvages, récemment convertis, désignent sous ce nom de prière la religion même de l'Evangile, quand ils appellent leurs prêtres les hommes de la prière, et le Pasteur suprême le grand Chef de la prière, ils pensent et parlent avec une justesse parfaite, traduisant à leur
SL'H LA PRIÈRE 6l
manière la prophétie de Zacharie qui, annonçant notre salut plusieurs siècles avant Jésus-Christ, s'exprimait ainsi au nom du Seigneur : (( Ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem (c'est-à-dire sur toute l' Eglise j un esprit de grâce et de prière. »
C'est donc de la prière, considérée comme le devoir fondamental du chrétien, que nous venons vous entretenir, sujet toujours ancien et toujours nouveau, que les . circonstances inquiétantes où nous nous trouvons rendent particulièrement opportun.
La prière, dit saint Jean Damascène, est l'ascension de lame vers Dieu, ou la demande faite à Dieu de ce qui convient. Dans le premier sens, elle est surtout considérée comme l'hommage d'adoration et de reconnaissance que toute créatui-e raisonnable doit à son Auteur. Tous ceux qui croient en Dieu reconnaissent la nécessité de le prier à ce titre, et plusieurs philosophes étrangers au christianisme ont éloquemment développé ce thème.
La prière, entendue dans le second sens, consiste dans une invocation adressée à Dieu pour obtenir de sa bonté les secours nécessaires à notre salut. C'est de cette prière qui demande, que nous vous parlerons surtout, parce que c'est la prière chrétienne par excellence, et quelle conduit infailliblement à l'autre. Car l'homme, naissant pécheur et ayant ajouté à sa souillure d'origine le poids de ses fautes personnelles, a naturellement peur de Dieu et le fuit au lieu de lui rendre hommage.
62 (i;l\iu:s pastohales du caroinai. :matiiieu
Il 110 ladore, il ne le remercie, il ne l'aime véritablenn'iiL que le jour où, cédant aux prévenances de la grâce, il reconnaît sa misère, en sollicite la g-uérison et l'obtient par Jésus-Christ notre Sauveur. Avant de chanter le cantique de louange dans la maison de Dieu, il faut commencer par lui demander pardon. Défions-nous de cette religion naturelle qui, ne voulant point relever du christianisme, se borne à honorer la divinité sans l'invoquer. Sa prière ressemble trop à celle du pharisien content de lui, et elle est frappée d'une incurable stérilité devant les hommes qu'elle ne satisfait point et devant Dieu quelle n'apaise point, parce qu'il n'y reconnaît pas l'accent de l'humilité. Notre prière à nous est celle de l'enfant cjui croit à l'ailection de son père et en attend tous les biens qui lui manquent; qui a faim et qui lui demande la nourriture ; qui se sent malade et qui lui demande la santé ; qui a peur des ténèbres et qui réclame la lumière, et qui, s avançant dans la nuit, sur une route infestée d'ennemis, crie au secours pour ne pas tomber sous leurs coups et pour arriver sans encombre jusqu'à la maison de ce Père, jusqu'à la Jérusalem céleste dont il voit brilUer dans le lointain les nuu-ailles éclatantes. Voilà la seule prière qui peut nous sauver, voilà l'acte religieux sans lequel le christianisme s'évanouit et dont nous ne saurions assez vous signaler l'importance.
Remarquez d'abord, N. T. G. F., ([ue toute lu vie du vrai chrétien s'écoule entre deux prières, celle qu'il balbutie sur les genoux de sa mère, en répétant après
SLR LA PRIÈRE 63
elle sa première invocation à FEnlant Jésus, et celle qu'à la sug-gestion du prêtre murmurent ses lèvres pâlies par l'approche du dernier soupir. Dans l'intervalle, la prière intervient à chaque instant pour appeler le secours de Dieu sur tout ce qu'il fait et sa bénédiction sur tout ce qui lui arrive, pour lui obtenir le succès dans ses entreprises, la consolation dans la doideur, le courage dans le sacrifice, la victoire dans les tentations, la sanctification dans les actions ordinaires, l'accomplissement fidèle du devoir et sa récompense finale. Qui prie négligemment court à sa perte, qui ne prie plus a déjà succombé, tant il est vrai que l'esprit chrétien et l'esprit de prière sont unis par une loi qui tient à l'essence même de l'ordre surnaturel auquel nous sommes tous appelés et qui fait notre redoutable honneur ! Ne vous y trompez point, en effet : quoiqLie la prière obtienne souvent les biens temporels les plus précieux, comme nous vous le dirons tout à l'heure, elle nous est donnée, avant tout, comme une grâce qui est la condition des autres, comme la clé d'or qui ouvre le ciel, comme un moyen infaillible et tout-puissant de coopérer aux desseins de Dieu sur nous et de conquérir le bonheur infini que sa bonté nous destine. Etres infirmes, déchus et coupables, il a plu au Seigneur de nous pardonner, de nous relever de notre fumier, suivant l'énergique expression de TEcriture *, et d'opérer dans notre nature une révolution magnifique qui la transforme en la rendant participante de la sienne'.