‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 54 sur 95 · l'aber, Tout pour J'''siis, cli. iv · texte numérisé non relu

l'aber, Tout pour J'''siis, cli. iv

76 UaVRI.S PASTORALES DU CARDINAL MATHIEU

obstacle n'enchaîne la liberté. Dès lors, qui nous empêche de l'atteindre, et comment les messages que nous lui envoyons n'arriveraient-ils pas à leur adresse ? Quoi? Nous pouvons mettre dans notre parole toutes nos pensées, tous nos sentiments, toutes nos résolutions pour les communiquer aux êtres finis qui nous entourent, et il nous serait interdit de nous révéler nous-mêmes à Celui qui connaît tout ! Oîi donc est la barrière qui arrêterait nos supplications quand nous les avons lancées vers Lui? Et puisqu'il réunit l'infini de la bonté à l'infini de lintellig'ence. comment ne s'intéresserait-il pas aux créatures qui ont reçu de lui l'étincelle de la vie et qui lui en doivent, à chaque instant, la prolong-ation? Le vrai Dieu ne ressemble en rien à ces dieux païens que le Psalmiste poursuit de son ironie, qui ont des yeux et qui ne voient point, qui ont des oreilles et qui n'entendent point, et dont le culte pompeux déguise mal la ridicule impuissance. Notre Dieu, à nous, habite le ciel: il a créé tout ce qu'il a voulu et il gouverne sa création avec un empire souverain, aidant et protégeant la maison d'Israël parce quelle espère en lui. c'est-à-dire toute la grande famille que le Fils a rachetée et qui a confiance dans lamour du Père. « Est-ce que Celui qui a planté « l'oreille n'entendrait pas? Est-ce que Celui qui a formé « l'cieil ne verrait pas? Est-il parmi vous un père qui, si « son fils lui demande du pain, lui donne une pierre; ou « un poisson, lui donne au lieu du poisson un serpent? (' ou, s'il lui demande un (puf, lui présente un scorpion? « Si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de M lionnes clioses à vos fils, combien plus votre Père

Sl:tl LA PHIÈÎIË 11

« Céleste donnera-t-il l'Esprit saint à qui le lui deman- (( dera '? » Est-ce que le Créateur seul resterait sourd, aveugle et insensible au milieu de la création ([uil a peuplée d'intelligences actives et de cœurs ainianls? Non. Celui qui nous a faits capables de pitié n est point sans pitié. Il y a une prière qui est toujours sûre de trouver grâce devant Lui. c'est celle des pauvres, des innocents, des affligés. C'est le cri de toute misère humble et confiante qui en appelle à sa bonté contre les souillures du péché, les duretés de la vie et les angoisses de la mort !

On dit : L'elïicacité de la prière serait contraire aux lois de la nature qui ne peuvent se modifier sviivant nos vœux, et à l'immutabilité de Dieu dont les décrets, fixés de toute éternité, échappent ;i toute influence humaine. La Xa/urc, les lois de la \atnre, voilà, X. T. C. F., de ces mots (jui sont chers aux assembleurs de nuages et à ceux qui font de Dieu soit une simple formule qu'ils appellent la catégorie de l'idéal, soit une sorte de roi constitutionnel qui règne encore dans le monde qu'il a créé, mais ne le gouverne pas, et reste soigneusement caché derrière ces grandes forces immuabtes auxquelles il a abandonné l'empire. La vérité, c'est que les lois de la nature ne subsistent point en dehors du législateur, c'est qu'elles tiennent de Lui seul l'impulsion qu'elles comniunic[uent aux êtres qu'elles dirigent, et qu'elles ne ressemblent en rien à ces ministres qu'on accuse parfois d'annuler les Chefs d'Etat en décidant les affaires à leur insu ou contre leur gré. Elles ne sont autre chose que

i. Ev. selon sainl Luc, cli. xi, v. il et scq.

7S <i:lvres pastorales du cardinal mathieu

des modes de l'action divine qui s exerce sur le monde avec ordre et rég-ularité ; et, à ce titre, elles ne cessent pas un instant de demeurer subordonnées à leur auteur qui les fait travailler à ses desseins et les a rendues assez souples pour s'y prêter; (jui permet à Tactivité humaine de les corriger les imes par les autres et qui, voulant que Tordre naturel fût soumis à l'ordre surnaturel, a introduit la prière dans l'économie de sa Providence comme une loi supérieure capable de modifier 1 application des autres et. dans quelques occasions, de les supprimer momentanément par cette sorte de coup d'Etat qu on appelle le miracle.

Quant k l'impossibilité d'accorder 1 elFet de nos prières avec l'immutabilité divine, la question ne regarde pas seulement la prière, mais tout l'ensemble de nos actes personnels. Il est certain que le Seigneur, immuable, infaillible et tout puissant, a fixé, une fois pour timtes, du sein de son éternité, la trame de tous les événements et la fin de tous les mouvements du monde. Le divin Pilote, seul, sait où il mène la flotte immense qui vogue sous sa main dans les champs de l'espace ; mais chacune des petites barques qui la composent obéit à son impulsion particulière et suit le sillage commun par des mouvements qui ne lui sont point imposés et qui, sans cesser crètre libres, sont entrés dans les prévisions de l'Intelligence qui a réglé la marche de l'ensemble. Prescience de Dieu, liberté de l'homme, deux vérités aussi assurées lune que l'autre, quoique nous ne voyions pas le nœud ([ui les rassemble et les concilie ; deux anneaux ' dune

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