‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 55 sur 95 · Celte coiiiparaibou est de Bossuet · texte numérisé non relu

Celte coiiiparaibou est de Bossuet

chaîne que nous n'apercevons pas, quoique nous en tenions les extrémités de chaque main. Attendons l'éternité pour comprendre le mystère, mais ne doutons pas des deux cliaînons parce que la chaîne nous échappe, et soyons siirs que la prière, comme tous nos actes libres, a sa place marquée de toute éternité parmi les causes secondes dont Dieu se sert pour accomplir ses desseins. L homme prie, dit saint Grég-oire, pour mériter de recevoir ce que le Tout-Puissant a décrété, avant tous les siècles, de lui accorder.

Un philosophe devant lequel on niait le mouvement se mit à marcher : c'était la meilleure des réfutations. C'est psiv un argument pareil que la prière démontre son efficacité contre tous ceux qui la contestent ; et elle la démontre avec une évidence qui illumine toute l'histoire de l'Eglise, qui biille dun éclat nouveau à chaque siècle et qui s'impose à chaque fidèle par le témoignage de sa propre expt'iience. Il y a queh^u'un qui a commandé en maître à la maladie, à la mort, à la tempête, et dont la carrière publique a été semée de prodiges qui défient toute négation. C'est le Législateur même de la prière et Celui de qui elle tient toute son efficacité. Il a dit : « Si quelqu'un croit en moi, il fera des prodiges <( aussi grands que les miens et plus grands encore. » Ses disciples l'ont cru, ils l'ont invoqué et, depuis bientôt dix-neuf siècles, le Maître tient ses promesses. En dépit des faux sages et sous leurs yeux stupéfaits, le monde assiste à une série ininterrompue de faits extra-

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ordinaires et absolument contraires à toutes ces lois qu'ils pi-étendent inviolables. Il y a des morts qui ressuscitent, des boiteux qui marchent, des aveugles qui voient, des sourds qui entendent, des malades qui guérissent en dépit des médecins, des tempêtes qui s'apaisent, des tléaux écartés et des biens obtenus contre toute espérance. Il y a des milliers et des milliers de mères qui ont lutté par la prière contre la mort qui tenait leurs petits enfants k la gorge et qui ont forcé la mort à lâcher prise. Tous les ans encore, sur les eûtes de Bretagne, de saintes femmes, par la protection de la Sainte Vierge et de sainte Anne d'Auray, arrachent leurs maris et leurs (ils aux fureurs de l'Océan. Il y a des terres privilégiées, comme la Touraine et l'Anjou, qui ont tressailli sous les pas des thaumaturges et qui sont encore couvertes des sanctuaires où la prière a obtenu ses triomphes. Parcourez %os vieilles chroniques, N. T. G. F., et vous apprendrez que, dans presque tous les ])ourgs de notre diocèse, saint Maurille, saint Aubin, saint Lezin, saint Maimbeuf, ont renouvelé tous les prodiges de l'Evangile. Pèlerins de Lourdes, si nombreux et si fervents dans celte région, rappelez-vous vos émotions de chaque année et particulièrement l'enthousiasme qui soulevait vos cœurs cjuand vous voyiez quelque malade sortir de la piscine en jetant ses béquilles ou en abandonnant la main qui le soutenait. Ne vous a-t-il pas semblé, alors, que Dieu venait de passer au milieu de vous pour récompenser vos prières ? Quelle triste tâche que celle de ces écrivains qui, par des théories creuses et des fictions malpropres, essaient de nier le

surnaturel quand ils lont vu sur cette terre bénie, et d'élever leur tour de boue en face de la tour d'ivoire ! Angevins, si vous entendez jamais quelque beau parleur se moquer des miracles et s'ég-ayer aux dépens de vos croyances; sil soutient devant vous que jamais vos prières n'ont rien obtenu, que jamais les processions n'ont amené sur les champs de la Vendée le soleil ou la pluie dont ils avaient besoin, que jamais malade n'est revenu guéri d'un pèlerinag-e, que le vœu fait au Sacré- Cœur par mon prédécesseur ne vous a point sauvés de l'invasion, que vos pères se sont trompés dans la confiance séculaire qu'ils ont témoignée à la Sainte Vierge et aux saints, que les innombrables ex-voto qui tapissent nos sanctuaires en reconnaissance de tant de bienfaits reçus sont des erreurs du fanatisme et de l'ignorance, répondez à ce personnage que c'est lui qui pèche par fanatisme et par ignorance, qu'il ment contre l'histoire et contre Tévidence, qu'il insulte à vos pères et à chacun de vous, qu'il blasphème Dieu et les saints, et priez pour lui comme pour un esprit faible et un cœur malade !

C'est surtout dans le domaine spirituel que la prière ne cesse de tenir les magnifiques promesses dont il a plu à notre Sauveur de l'enrichir. C'est là qu'elle intervient pour donner à nos âmes l'Esprit Saint avec l'abondance de ses dons, pour les tirer du mal, les éclairer, les attendrir, les consoler, les fortifier et les travailler de manière à en faire ces pierres vivantes qui brilleront un jour dans les sanctuaires éternels.

Quoique la grâce agisse parfois avant toute coopération possible de notre part, quoiqu'elle ait terrassé Paul

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sur le chemin de Damas, cependant la voie ordinaire de Dieu est d'accorder ses faveurs à la prière et d'attendre la prière pour les accorder. Paul lui-même, à peine remis de la terrible secousse, commence une humble prière qui deviendra désormais la loi de sa vie entière. « L'Eternel, dit Isaïe, attend pour vous faire grâce. » Qu'attend-il? que vous ayez crié vers lui. Et dans Jérémie : « Quand vous me prierez, je vous exaucerai. Vous me trouverez, quand vous m'aurez cherché de tout votre cœur. » Ils le trouvent, ces pécheurs qui, troublés par le remords au sein de leurs plaisirs, ont le courage de se frapper la poitrine et de s'écrier avec l'accent du prodigue repentant : « J'ai péché contre le ciel et contre vous, je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. » La prière arme leur faiblesse d'une force qui les rend triomphants de toutes les tentations, les arraclie aux habitudes les plus invétérées et produit des conversions étonnantes dont la sainte Eglise est réjouie de temps en temps. (( Nous savons très clairement, par l'Evangile, (( que Dieu veut que nous lui demandions notre salut « et notre conversion. Demandons-la donc sans hésiter, « assurés, si nous le faisons avec la persévérance qu'il « faut, que tout nous sera possible. Quandnos mauvaises « habitudes auraient jeté dans nos âmes de plus pro- (( fondes racines que les arbres ne font sur la terre, nous « leur pourrons dire : Déracine- toi. Quand nous serions (( plus mobiles et plus inconstants que des flots, nous « dirons à un arbre : Va te planter là ; et à notre « esprit : Fixe-toi là, et il y trouvera du fond. Quand « notre orgueil s'élèverait à l'égal des plus hautes mon-

« tagnes, nous leur pourrions ordonner de se jeter dans <( la mer et de s'y abîmer tellement qu'on ne voie plus « aucune marque de leur première hauteur. Osons donc « tout pour de tels miracles, puisque ce sont ceux u que nous savons très certainement que Dieu veut « que nous entreprenions •. »

Qui dira toutes les joies douces et profondes dont la prière est la source, toutes les grâces qu'elle mérite, toutes les vertus qu'elle soutient et développe, toutes les épreuves qu'elle surmonte ? « Quand vous avez prié, ne « sentez-vous pas votre cœur plus léger et votre âme (( plus contente ? La prière rend l'aflliction moins dou- (( loureuse et la joie plus pure ; elle mêle à l'une je ne (( sais quoi de fortifiant et de doux, et à l'autre un parce fum céleste.,. Il passe quelquefois sur les campagnes « un vent qui dessèche les plantes, et alors on voit leurs « tiges flétries penchées vers la terre ; mais, humectées « par la rosée, elles reprennent leur fraîcheur et relèvent (( leurs têtes languissantes. Il y a toujours des vents (( brûlants qui passent sur l'âme de l'homme et la des- « sèchent, La prière est la rosée qui la rafraîchit ~. » C'est elle qui entretient dans l'Eglise la virginité, la pauvreté volontaire et les dévouements héroïques de la charité qui s'imposent au respect du monde lui-même. Il admire l'oasis fleurie et parfumée, mais il ne connaît point la source cachée qui l'a conquise sur le désert et sans laquelle le désert reprendrait bientôt ses droits. N'est-il pas vrai que la prière est associée aux plus grands sou-

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