Lamennais
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venirs de nuire vie à tous, à nos joies d enfant pur. à nos enthousiasmes juvéniles, à tous nos moments de t;randeur morale et d'effort vers l'idéal, et que nous avons baissé dans notre propre estime suivant la mesure où nous sommes devenus infidèles à prier ? S'il y a une distance si grande entre les promesses faites à la prière et les fruits que nous en recueillons, reconnaissons sincèrement que ce n'est pas elle qu'il faut accuser, mais uniquement notre négligence à puiser dans le trésor qu'elle met à notre portée. Quelques formules murmurées en hâte le matin et le soir, une assistance distraite à la messe du dimanche, n'est-ce pas à ces maigres proportions que se réduisent les habitudes d'un trop grand nombre de chrétiens? Cela suffît-il pour obéir à l'esprit delà loi chrétienne et au précepte de l'Apôtre qui nous ordonne de prier sans cesse, sans nous relâcher jamais? Non, la prière ne saurait être dans notre vie un devoir secondaire ou une tâche que l'on expédie en hâte, mais une occupation constante et chère et une disposition qui influe sur le gouvernement de toute la vie. S'il Aaut mieux plaire à Dieu qu'aux hommes, il vaut mieux aussi nous entretenir avec Lui qu'avec les hommes. C'est à Lui qu'il convient de consacrer tous les instants que nous pouvons dérober à nos travaux; c est auprès de Lui (ju'il faut chercher le vrai repos après la fatigue, les vraies joies après l'ennui ; c'est vers Lui qu'il faut élever souvent nos cœurs. C'est à son sanctuaire qu'il faut frapper comme on va frapper plusieurs fois par jour à la porte d'un ami qu'on est sûr de trouver toujours chez lui, le sourire sur les lèvres, la main tendue, l'humeur
bienveillante, toujours disposé à nous accueillir et a nous rendre service. Rien de plus agréable et de plus utile à méditer que le commentaire de saint Basile sur ces paroles de l'Apôtre : « Il faut toujours prier... ».« La « force et la constance de nos prières, dit-il, ne viennent u point du grand nombre de syllabes que nous pro- « nonçons, mais de l'état de notre cœur et dune incli- « nation générale à la vertu qui dirige toutes nos actions. (( Priez en vous mettant à table. En prenant votre pain, (' rendez grâce à Celui qui vous le donne. En vous forti- (( fiant par le vin, souvenez-vous de Celui qui vous a (( fait ce présent pour réjouir votre cœur et soulager « votre faiblesse. Gardez même après le repas la « mémoire du bienfaiteur auquel vous devez la nourri- « ture. ^ous passez votre tunique ou votre manteau? « pensez avec amour au Dieu qui vous a donné ces « vêtements. La journée est finie? remerciez Celui qui a <( créé le soleil pour éclairer vos travaux, et le feu pour (( illuminer la nuit et servir aux nécessités de la vie <( humaine, (^uand vous regardez le ciel, quand vous « fixez les yeux sur la beauté des étoiles, invoquez le (' Maître des choses visibles, adorez l'Artiste souverai- « nement habile et souverainement bon qui a tout fait « avec sagesse. En voyant toute la nature assoupie, « adorez encore Celui qui nous envoie le sommeil pour (( réparer nos forces. Ne permettez pas que la moitié de <( votre vie soit inutile et partagez votre nuit entre le « repos et la prière. Enfin, puisque les songes repro- « duisent le plus souvent nos piéoccupations de la jour- « née et nous rappellent ce que nous aimons, (jue votre
« sommeil lui-même soit mi exercice de piété. C'est en « vous étant ainsi unis à Dieu par toute votre manière « de vivre, sans vous borner à des formules, que vous « accomplirez le précepte de l'Apôtre et que vous ferez « de toute votre existence un continuel hommage rendu « au Seig'ueur. »
Quelle noblesse, quel mérite ces habitudes pieuses ne donneraient- elles point à toutes nos actions; et comme nous affronterions la mort avec plus de confiance, si toute notre vie s'était ainsi exhalée vers Dieu comme un parfum d'encens !
Celui qui prie, N. T. C. F., ne travaille pas seulement pour lui-même : il peut, il doit intercéder pour les autres, et la prière devient, sur des lèvres pures, la manifestation la plus excellente de la charité à l'égard du prochain et l'arme efficace par laquelle le chrétien, entrant dans les puissances du Seigneur, combat avec lui et pour lui, et contribue au salut des âmes, \ofre Père, que votre règne arrive... donnez-nous aujourd'/tui noire pain quotidien. Pourquoi notre, si ce n'est parce que le chrétien appartient à une famille dont il ne se désintéresse jamais, et qu'aimant ses frères rachetés comme lui par Jésus-Christ et appelés aux mêmes destinées, il sollicite pour eux les mêmes biens spirituels dont il a été comblé? Non seulement Notre-Seig-neur veut nous sauver nous-mêmes par la libre coopération de nos prières, mais il lui plaît d'étendre le pouvoir de cette coopération à toutes les créatures que sa grâce peut
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atteindre, à toutes les nations qui lui ont été données en héritage. Gomme il est le grand Pontife dont le sacrifice efface toutes les souillures et mérite tous les dons, il nous admet à l'honneur d'entrer avec Lui dans le Saint des Saints, de participer à l'offrande qu'il fait de son sang et de le répandre sur le. monde pour les autres comme pour nous-mêmes. Roi en même temps que Pontife, il daigne nous appeler à partager avec lui l'empire et à gouverner le monde par les victoires de notre foi et la puissance de cette intercession humble qui nous associe à ses desseins. Voilà comment le levier de la prière, mieux que celui d'Archimède, soulève l'univers et le cœur de l'homme, qui est plus difficile à remuer que l'univers. Voilà comment, dans la grande mêlée de l'histoire, il y a une force invisible, dédaignée et toute puissante, qui échappe aux calculs des politiques et qui les déjoue, qui gagne des batailles qu'on croyait perdues et qui est le plus souvent mise en mouvement par de pauvres âmes très pures, mais obscures ou méconnues, dont la prière convertit les pécheurs, change le. cours des événements et amène les grands triomphes de l'Eglise au moment où ses ennemis entonnaient déjà sur elle le chant des funérailles. Voilà pourquoi nous ne désespérons pas, au milieu des tristesses de l'heure présente, comptant sur votre prière, à vous, N. T. G. F., et particulièrement sur celle de tant d'âmes ferventes qui peuplent nos maisons religieuses et nos séminaires, et ne manquent dans aucune paroisse de ce pieux diocèse. Fléchissons le Seigneur, outragé chaque jour par tant de blasphèmes, et dédommageons-le de l'oubli où le tiennent ceux qui devraient
l'invoquer les premiers ! Vous ne l'ignorez pas, en effet, N. T. C. F., jusqu'à ces dernières années, la France, comme toutes les autres nations civilisées, mêlait la prière aux g-i-ands événements de sa vie nationale ; mais, depuis un certain temps, Dieu a encouru chez nous la disgrâce des pouvoirs publics qui, fidèles à tant d'autres traditions de la Révolution, n'ont même pas gardé le culte de cet Etre suprême, pourtant peu gênant, auquel un décret de la Convention garantissait la foi du peuple français. Et, pourtant, est-ce que la nécessité du secours d" En-Haut napparait point avec évidence à tous les yeux qui ne se ferment point volontairement et obstinément? Est-ce qu'un même sentiment d'angoisse ne pèse pas sur tous ceux qui aiment la France et c[ui la voient incertaine de son lendemain, tiraillée en tous sens par les partis, usant, les uns après les autres, les hommes et les systèmes et les chang-eant avec l'instabilité d'une balance folle, se défendant à peine contre le flot montant des théories et des passions qui menacent l'existence même de la société? Qu'avons-nous vu depuis quelques mois ? Le chef de l'Etat assassiné, son successeur s'évadant du pouvoir et ne déployant que pour fuir l'énerg-ie qu'il avait promise pour remplir sa tâche, le progrès constant de l'anarchie dans les idées et du désordre dans les mœurs, l'impuissance des institutions politiques à créer par elles-mêmes l'esprit de gouvernement, des scandales de toute sorte et le désarroi universel ! Les sauveurs nous mancjuent parce que nous ne cherchons pas le Sauveur, Celui qui pardonne. Celui qui g-uérit les nations malades par l'efficacité des doctrines qu'il enseigne, des
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vertus qu'il inspire et de toutes les grâces dont il a confié le dépôt à l'Eglise qui continue sa mission. Quel homme politique digne de ce nom oserait aujourdhui le prendre de haut avec ce Sauveur et avec cette Eg-lise? Gens d'esprit, écrivains et orateurs, ambitieux de pouvoir et de popularité, qui vous êtes fait une carrière de la guerre au cléricalisme, gens établis, propriétaires, chefs d'industrie, commerçants, rentiers, qui avez applaudi aux coups qu'on lui portait, foule docile qui vous êtes laissé tromper par les meneurs intéressés qui vous exploitent, avez-vous lieu d'être si fiers de l'œuvre que vous avez accomplie ou approuvée ? Vous avez fermé les sanctuaires de la prière, vous avez prescrit à l'école officielle d'ignorer (|u"il y a un Christ, vous avez chassé d'un grand nombre d'écoles de pauvres et saintes filles uniquement coupables de porter une guimpe et de dire leur chapelet. Vous avez poursuivi l'influence religieuse partout où vous pouviez l'atteindre, épurant, laïcisant, réprimant tous les prétendus empiétements de l'esprit clérical, dans l'espérance de fonder ainsi une démocratie éclairée, progressive et pacifique. Où en êtes-vous? Parents, êtesvous plus contents de vos enfants depuis qu'on ne leur enseigne plus le catéchisme dans les écoles? Les crimes diminuent-ils ? Avons-nous vu hausser la moralité générale, l'intégrité des élus de la nation et la richesse publique? Qu'est-ce que le peuple a gagné en lumière, en progrès et en bonheur? \'ous lui avez pris sa foi, vous lui enseignez par vos exemples qu'il n'y a en ce monde que le plaisir et l'argent. Quavez-vous à lui répondre, s'il veut vous prendre votre plaisir et votre
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argent ? Vous vous êtes acharnés contre la pierre qui soutient toute la maison ; étonnez-vous donc que la maison tremble ! Vous avez tiré sur la sentinelle qui gardait Tordre et la propriété, et vous voilà tout effarés des périls que courent l'ordre et la propriété. Reconnaissez franchement l'erreur de votre fausse sagesse, abjurez votre orgueil, ayez le courage de dire : Nous nous sommes trompés! Ergo erravimusl Ces religieux, ces prêtres, que nous taxions de fanatisme et avec lesquels nous voulions en finir, nous les avons méconnus ! Cette doctrine, cette grande force morale que nous déclarions incompatible avec les institutions établies, en formerait la base la plus solide. Cette religion que nous croyions enterrer tout prochainement, la voilà qui se dresse devant nous toujours jeune et vivante, seule debout au milieu des ruines accumulées par le siècle qui finit, seule assurée de l'avenir quand tout le monde tremble pour demain! En parlant ainsi, N. T. C. F., nous avons conscience de ne point empiéter sur le terrain politique que nous nous sommes toujours interdit et de parler uniquement en évêque et en bon citoyen, convaincu que nos institutions profiteraient de tout ce que gagnerait la pacification religieuse et de tout ce que perdraient les passions impies. N. T. C. F., l'heure est solennelle; nous avons travaillé contre Dieu ou soutenu mollement sa cause : demandons pardon à Dieu. Nous avons voulu imposer silence à la prière, ou nous avons prié avec tiédeur : prions avec une ardeur persévérante pour obtenir le secours sans lequel nous allons périr : Domine, salva nos! Porimus. « Seigneur, sauvez-nous! ou nous allons périr. »
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Lettre pastorale à l'occasion du W septembre.
« Bienheureux ceux qui pleurent^ soit qu'ils pleurent « leurs misères, soit qu'ils pleurent leurs péchés... Le « inonde se réjouira et vous serez affligés, mais votre " tristesse se changera en joie '. C'est la promesse du « Sauveur à ses disciples. La tristesse et la joie viennent « tour à tour. Qui s'est réjoui sera affligé, qui s'est « affligé sera réjoui. Bienheureux donc ceux qui pleurent ^ « car ils seront consolés. » Ainsi parle le grand Bossuet, commentant les grandes vérités de l'Evangile.
L'époque où nous sommes, N. T. C. F., ramène d'inoubliables anniversaires pour trois des peuples de l'Europe. L un étale avec orgueil le souvenir des victoires qui vengèrent, il y a un quart de siècle, les longues humiliations de son passé. Le sang versé à flots, les péripéties de la lutte, les résultats inouïs du triomphe, expliquent cette joie immodérée du vainqueur. Et nous, les vaincus de l'année terrible, recueillis dans notre douleur qui n'est ni la défaillance ni le désespoir, nous pleurons nos frères tombés sur les champs de bataille ; nous pleurons nos provinces perdues et notre gloire militaire \ oilée d'un crêpe de deuil, pareil à celui qu'on attache au drapeau en menant les funérailles des braves. Un autre peuple, (jui nous est connu par le sang et l'or qu'il nous