VI AVANT-PROPOS
les admirateurs intimes du défunt, si nous n'étions soigneusement tenus en éveil par tout ce qu'ils écrivent et tout ce qu'ils disent ou font dire, ce serait sans doute, à tous points, un événement extraordinaire que la réparation posthume accordée au mérite méconnu.
A vrai dire, il ne saurait être tout à fait question de mérite méconnu quaud on parle du Cardinal Mathieu. Car de quoi oserait-on dire qu'il a manqué? Tous les accueils, toutes les amitiés, toutes les dignités que peut souhaiter pour lui-même un grand esprit, il en a été comblé.
Tandis qu'il est si peu commun que l'on soit prophète dans son pays, lui, en terre lorraine, a été une personnalité révérée et aimée. Il fut populaire, et dans la petite ville dont il était, on lui organisait des réceptions qui ressemblaient à des triomphes. Il a eu cette autre fortune d'ignorer les dédains et les mille petits mépris qui servent de bienvenue à ceux qui s'essayent à écrire : il convient de dire qu'il s'en souciait peu, étant de ceux qui possédant d'eux-mêmes une appréciation et une estime justement mesurée, parlent ou écrivent sans l'inquiétude paralysante du « qu'en dira-t-on ». Les timidités de