Joan., XVI
3. Ces lignes ont été écrites à Pont-à-Mousson, au moment où le canon prussien annonçait l'arrivée à Metz de l'empereur Guillaume.
A l'occasion Dt: SON ARRIVÉE 171
« cœur le canon proclamer que l'étranger règne à Metz, « et que la France, cette même France qui a promené ses « victoires depuis les Pyramides jusqu'à Moscou, vient « d'être violemment ramenée en deçà des frontières du « traité de Cateau-Cambrésis!
« A l'intérieur même, quels sujets d'inquiétude patrio- '■ tique 1 Cette (ièvre ardente qui, depuis quatre-vingts " ans, est entrée dans le sang du peuple français et qui " le pousse à essayer l'une après l'autre toutes les formes <( de gouvernement, pour les briser ensuite comme un <( enfant brise ses jouets ; ces chutes et ces rechutes de i< l'anarchie au despotisme et du despotisme à l'anarchie " qui menacent péi-iodiquement soit l'ordre, soit la « liberté ; cette division des esprits sur les questions " fondamentales; ces convoitises ardentes des foules « qui ne peuvent être satisfaites et qui réclament encore " quand il n'y a plus rien à donner ; cette barbarie sau- " vage éclatant à plusieurs reprises au centre même de » 1 extrême civilisation ; cette incertitude de l'avenir, " dont ne peuvent se défendre les plus confiants ; est-ce « que tout cela n est pas fait pour nous inspirer plus de " modestie et moins de mépris pour le passé ?
« Où sont les progrès essentiels, les conquêtes légi- « times qui restent à réaliser? Où est le calme, où est « la sécurité confiante qui devrait naître de la posses- " sion assurée de légalité, de la liberté civile et poli- « tique, du droit de suffrage, de la richesse, de tous les « plus grands biens de l'ordre temporel dont puisse jouir « un peuple? Où est le prophète assez hardi pour dire " combien de temps la France les gardera sans secousse « nouvelle ?
172 ŒLVIlliS l'ASTOIîALKS DL" CARDINAJ. MAIIIIEI
« Voici ' l'exposé net de notre situation : une révolu- « tion qui ne peut plus avancer d'un seul pas et qui ne « neut plus nous fournir une seule ressource contre les « fureurs quelle déchaîne ; une constitution de société « dont la mobilité est nécessairement la loi, puisqu'elle « est démocratique, et qui ne peut plus rien accorder à <( la mobilité sous peine de se suicider violemment ; « enlîn, un peuple dont l'imagination est hantée par un (1 fantôme et qui nous demande avec frénésie de faire (( marcher cette révolution condamnée désormais à rester n immobile. Une telle situation, dans toutes les langues H du monde, s'appelle une impasse. Comment donc faire « pour en sortir ?
(( Il faut demander au christianisme de ramener au « vrai les aspirations chimériques, de contenir les aspi- (( rations brutales, d'élever le cœur de la foule en lui « inspirant le respect du devoir, l'amour du travail, la « résignation, l'espérance d'une vie meilleure, toutes (( choses qui seront nécessaires à l'individu et à la (( société, tant que la douleur, la pauvreté, les inégalités « du sort n'auront pas disparu du monde !
« S'il s'est élevé quelque part un autre autel, oh ! par « pitié, dites-le moi ! » s'écriait Michelet, il y a quarante « ans. Personne n'a répondu à cette adjuration élo- « quente, parce qu'il n'y a point d'autre autel debout « que celui du sacrifice chrétien... Il n'y a point d'autre « doctrine que le christianisme qui puisse discipliner « efficacement les âmes, Dieu seul avec son Christ et